Le calvaire des réfugiés: l’attente interminable de plus de huit ans qui déchire des familles au canada et au québec

Le calvaire des réfugiés: l’attente interminable de plus de huit ans qui déchire des familles au canada et au québec credit : lemorning.ca (image IA)

L’attente, une douleur de plus de huit ans

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Imaginez devoir fuir la violence, trouver enfin un lieu sûr, mais être ensuite forcé d’attendre plus de huit ans pour revoir vos enfants. C’est la réalité brutale, franchement déchirante, que vivent actuellement de nombreux réfugiés qui ont déposé une demande de résidence permanente au Canada et, tout particulièrement, au Québec.

Ces délais interminables ne sont pas juste des chiffres administratifs ; ils représentent des années de vies brisées et des liens familiaux qui se délitent. Notre enquête met en lumière ces parcours poignants, où la bureaucratie fédérale et provinciale semble, bien malgré elle, imposer une « violence » aux personnes les plus vulnérables.

Le combat et l’angoisse de tania henriques

Prenons l’exemple de Tania Henriques. Réfugiée à Montréal depuis 2023, son parcours est un vrai chemin de croix, de l’Angola au Brésil, puis par les États-Unis, avant d’emprunter le chemin Roxham. Une fois en sécurité au Canada avec sa fille cadette, elle fait face à un nouveau cauchemar : son aînée de quatre ans est restée, pour sa sécurité initiale, en République démocratique du Congo (RDC).

Pour Tania, l’attente de la résidence permanente – une condition préalable au parrainage de sa fille – pourrait prendre une décennie. Une décennie ! Elle est rongée par l’inquiétude, surtout à cause de la situation en RDC, notamment la présence des groupes criminalisés comme les Kuluna. « Est-ce que je vais retrouver ma fille vivante? Je ne sais pas », confie-t-elle, désemparée. La douleur est palpable, n’est-ce pas? Elle doit d’abord économiser des centaines de dollars pour lancer la procédure… C’est l’étape administrative qui s’ajoute à la détresse humaine.

Des chiffres officiels qui donnent le vertige

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Alors, combien de temps cela prend-il concrètement ? L’organisme fédéral Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) estime que pour un réfugié souhaitant obtenir la résidence permanente au Québec, le délai actuel avoisine les 106 mois, soit près de neuf ans. À l’extérieur du Québec, c’est à peine mieux : 100 mois, plus de huit ans. Pour les cas d’ordre humanitaire, souvent les plus urgents, on parle de plus de 10 ans. Comment est-ce possible ? Ces chiffres sont ahurissants, et en plus, IRCC avertit clairement : « Les délais de traitement pourraient augmenter. »

Pour David Giwueze, qui attend une décision pour son statut humanitaire, ces délais sont une menace concrète. Ses deux enfants sont au Nigeria. Dans dix ans, ils auront dépassé l’âge limite de 21 ans pour être parrainés sans exception. Il avoue être plus déprimé que jamais, incapable de dormir la nuit, car il ne sait même pas comment annoncer cette attente cruelle à ses enfants. La montée des quotas d’attente brise l’espoir, tout simplement.

La souffrance psychologique et l’impression d’abandon

Ayélé Moussa (un nom d’emprunt), arrivée du Cameroun en 2017, a dû patienter sept ans et quatre mois pour obtenir sa résidence permanente à Toronto. C’est la même durée pendant laquelle elle n’a pas pu serrer ses trois enfants dans ses bras.

Son histoire illustre parfaitement le coût humain de cette lenteur. Elle prend des médicaments contre la dépression, souffre de maux de tête chroniques et pleure parfois toute la nuit. Mais ce qui fait le plus mal, c’est l’impact sur ses enfants : « À un moment, quand je les appelais au téléphone, ils ne voulaient même pas me parler. Ils pensaient que je les avais abandonnés. » C’est irrécupérable, comme le dit si bien l’avocate Coline Bellefleur. On parle ici de traumatismes d’attachement profonds, causés indirectement par le système.

Les explications administratives et le jeu des seuils

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Alors, que dit l’administration ? IRCC répond par courriel que la plupart des demandes traitées respectent les normes de service (standardisées, faut-il le noter). Le Ministère fédéral invoque une « forte demande mondiale » et un nombre de demandes qui dépasse les objectifs fixés. Pour tenter d’améliorer les choses, IRCC affirme avoir mis en place de nouvelles options en ligne simplifiées. J’espère que cela aidera, mais on dirait que le problème est plus profond.

Au Québec, la situation est encore plus compliquée à cause des décisions gouvernementales. Le Québec fixe ses propres seuils d’immigration. Actuellement, les délais pour le regroupement familial s’étirent et le gouvernement Legault a même annoncé un gel pour le parrainage des conjoints et des enfants majeurs jusqu’en 2026. Pour faire simple : trop de demandes, pas assez de places. Quand les seuils sont atteints, le traitement s’arrête, mais le bassin de réfugiés en attente, lui, continue de grossir.

L’impuissance et la violence kafkaïenne pour les avocats

Les professionnels du droit sont les premiers témoins de cette détresse. L’avocate Anne-Cécile Khouri-Raphael décrit cette situation comme « kafkaïenne ». Elle reçoit des clients en larmes, désemparés. C’est un supplice, non seulement pour les familles, mais pour ceux qui essaient de les aider.

Une de ses clientes, mère d’une enfant de deux ans et demi en danger dans son pays d’origine, l’appelle sans cesse pour savoir s’il y a du nouveau. Et l’avocate doit inlassablement répéter qu’il n’y a rien. Elle résume ce sentiment partagé par ses collègues : « C’est douloureux, violent, et à force, on devient nous-mêmes un instrument de violence pour les clients qu’on essaie d’aider. »

Notons tout de même une petite lueur d’espoir. Le budget 2025 du gouvernement de Mark Carney prévoit une initiative de 120,4 millions de dollars sur quatre ans pour accélérer l’accès à la résidence permanente pour certaines personnes protégées admissibles. Attendons de voir si ces efforts budgétaires feront vraiment bouger les choses.

Conclusion : Le prix de la lenteur

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Les histoires de Tania Henriques, Ayélé Moussa et David Giwueze sont des rappels criants que derrière chaque estimation de délai d’Immigration Canada (IRCC) et des décisions de quotas du Québec, il y a des êtres humains. Les délais de plus de huit ou dix ans ne font pas que retarder une arrivée ; ils causent des ruptures irréversibles. La séparation prolongée mène à la dépression, à l’angoisse et, parfois même, à la perte du lien affectif le plus fondamental, comme lorsque « son fils ne l’appelle plus maman ».

Alors que la demande mondiale est forte et que les objectifs d’admissions sont réduits, notamment au Québec, il est essentiel de se souvenir que ce sont les réfugiés qui paient le prix fort de cette lenteur administrative. Le Canada doit se demander quel est le véritable coût, celui que l’on ne compte pas en dollars, de ces années volées aux familles.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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