Steven Guilbeault: l’architecte climatique canadien trahi par le virage de Mark Carney

Steven Guilbeault: l’architecte climatique canadien trahi par le virage de Mark Carney credit : lemorning.ca (image IA)

La démission, un acte de trahison politique

UN Biodiversity, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

La nouvelle est tombée comme un coup de massue, n’est-ce pas? Steven Guilbeault, l’homme qui avait juré de faire avancer l’agenda vert du Canada, a claqué la porte du Cabinet. Ce n’est pas une simple divergence d’opinions ou une chicane anodine; c’est bien plus profond que ça. C’est une histoire de trahison politique, pure et simple.

Pendant trois ans et demi, M. Guilbeault a été l’architecte de ce qui ressemblait enfin à une politique climatique ambitieuse au Canada. Mais il semble que son œuvre ait été presque complètement déconstruite en quelques semaines à peine par son nouveau patron, le premier ministre Mark Carney. Ce virage, apparemment motivé par la ‘prospérité économique’, a laissé un goût amer à l’ancien ministre de l’Environnement.

Le dilemme du Canada : une fédération complexe

credit : lemorning.ca (image IA)

Il faut se rappeler une chose fondamentale pour comprendre toute cette affaire : réduire les émissions de GES au Canada n’est pas une mince tâche. Pourquoi? À cause de notre structure fédérale, particulièrement complexe. L’État central n’a pas tous les pouvoirs sur la gestion des ressources naturelles.

Si la loi était simple, Ottawa pourrait simplement légiférer une sortie progressive des énergies fossiles, la source principale des émissions ici. Mais non. La gestion de l’exploitation du pétrole ou du gaz relève des provinces. C’est leur champ de compétence exclusif. M. Guilbeault a dû tricoter une courtepointe climatique, à petits pas prudents et réfléchis, pour que cela fonctionne malgré ces contraintes constitutionnelles tenaces. C’est ça, la difficulté de la tâche qu’il avait accomplie.

Un succès qui s’approchait des cibles de 2030

Malgré les embûches et les poids lourds du gouvernement Trudeau qui ne le portaient pas dans leur cœur, Steven Guilbeault, grâce à sa connaissance fine du dossier, avait bâti un ensemble de mesures qui fonctionnaient. Vraiment.

À la fin de 2023, l’Institut climatique canadien, ce n’est pas rien, évaluait que les politiques déjà adoptées ou proposées pouvaient nous permettre d’atteindre 85 à 90 % de l’objectif du Canada pour 2030. Ce n’est pas exagéré de le répéter : Guilbeault était l’architecte d’une politique climatique novatrice, même si nous sommes le quatrième producteur de pétrole au monde. Mais son patron, Mark Carney, a décidé de tout mettre par terre en un gros coup de pied, au nom, encore une fois, de l’économie.

La suspension de la taxe carbone, première rebuffade majeure

La déconstruction a commencé par l’élément le plus visible et le plus controversé pour le public : la taxe carbone pour les consommateurs. Steven Guilbeault avait pourtant travaillé d’arrache-pied, dès 2019, pour consolider ce régime, le rendant efficace pour tracer la voie vers une véritable réduction des émissions.

Dès son arrivée au pouvoir, Carney a suspendu cette taxe. C’était la première grande claque pour l’ancien ministre. Même s’il avait mis tout son poids politique pour que Mark Carney devienne chef libéral, et qu’il avait accepté l’abolition de cette taxe, le reste des politiques n’avait pas été discuté ouvertement. Le pire était à venir, malheureusement.

Le coup fatal : le règlement sur l’électricité propre

credit : lemorning.ca (image IA)

L’instrument que Steven Guilbeault considérait comme le plus important de son arsenal était sans conteste le Règlement sur l’électricité propre, adopté juste avant le départ de l’ancien gouvernement. C’était le moyen intelligent d’agir : ne pouvant cibler la production fossile, il s’attaquait aux sources d’énergie des centrales électriques. L’objectif était clair : obliger les provinces à éliminer le charbon et le gaz naturel pour produire de l’électricité d’ici 2035.

Bien sûr, l’Alberta et la Saskatchewan détestaient cette mesure. Mais le coup de théâtre est arrivé récemment. Mark Carney a signé un protocole d’entente avec Danielle Smith, suspendant les obligations pour l’Alberta. C’est énorme! Plus de 80 % de l’électricité albertaine utilise du gaz naturel. C’était la cible principale! C’est la deuxième rebuffade, et probablement la plus dévastatrice, qui promet un effet domino sur l’Ontario et la Saskatchewan qui vont, sans surprise, demander la même exemption d’Ottawa. Ce n’est pas juste, je trouve.

Un coffre à outils vidé de son contenu

UN Biodiversity, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Le massacre ne s’arrête pas là. D’autres politiques cruciales que M. Guilbeault avait conçues sont passées à la trappe. On parle ici du plafond sur les émissions de GES pour le secteur pétrolier et gazier, du quota minimum que les constructeurs devaient atteindre pour les voitures électriques, ou encore des mesures visant à réduire les subventions inefficaces aux énergies fossiles. Des mesures, je vous le rappelle, qui étaient considérées par les experts comme essentielles pour atteindre nos cibles. Toutes oubliées.

Et comme si ce n’était pas assez, l’adoption rapide de la loi C-5, qui permet à Ottawa d’accélérer des projets et de contourner les lois environnementales, s’ajoute à cette longue liste d’irritants. Il est allé de déception en déception, le pauvre.

La solution miracle du captage de carbone

credit : lemorning.ca (image IA)

Alors, que propose M. Carney pour compenser? Il met toutes ses billes dans la technologie de captage et de stockage du carbone (CSC). C’est un peu sa baguette magique. Sauf que… cette technologie n’a pas encore fait ses preuves à grande échelle. On dirait qu’on nous vend une solution miracle qui n’existe pas vraiment.

Les chiffres ne mentent pas, vous savez. Selon le dernier inventaire des émissions de GES (694 Mt en 2023), seules 3 Mt ont été séquestrées par le CSC. C’est à peine 0,4 %! Est-ce que cela suffira si le premier ministre encourage en même temps l’augmentation de la production d’énergies traditionnelles? La question, pour moi, elle est vite répondue.

Conclusion : Le goût amer d’une défaite de principe

Finalement, ce n’est pas la démission de Steven Guilbeault en soi qui nous étonne, mais plutôt le fait qu’il ait patienté si longtemps. En revenant de la COP30 au Brésil, où il avait déjà senti le vent tourner et admis que les cibles seraient difficiles à atteindre, il a appris par les médias l’entente avec l’Alberta. C’était la confirmation que la page de l’ère climatique ambitieuse était définitivement tournée.

Steven Guilbeault est un politicien pragmatique, il savait qu’il ne gagnerait pas toutes les batailles au fil des ans. Mais cette fois, c’était la fin. La démolition complète de son édifice climatique avait un goût trop amer. Il part pour ne pas trahir davantage ses principes. C’est la seule conclusion possible pour cet architecte désormais sans plan.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.