Steven Guilbeault: l’architecte climatique canadien trahi par le virage de Mark Carney
Simon Kabbaj - 2025-11-29 12:02
credit : lemorning.ca (image IA)
La démission, un acte de trahison politique

UN Biodiversity, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons
Pendant trois ans et demi, M. Guilbeault a été l’architecte de ce qui ressemblait enfin à une politique climatique ambitieuse au Canada. Mais il semble que son œuvre ait été presque complètement déconstruite en quelques semaines à peine par son nouveau patron, le premier ministre Mark Carney. Ce virage, apparemment motivé par la ‘prospérité économique’, a laissé un goût amer à l’ancien ministre de l’Environnement.
Le dilemme du Canada : une fédération complexe

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Si la loi était simple, Ottawa pourrait simplement légiférer une sortie progressive des énergies fossiles, la source principale des émissions ici. Mais non. La gestion de l’exploitation du pétrole ou du gaz relève des provinces. C’est leur champ de compétence exclusif. M. Guilbeault a dû tricoter une courtepointe climatique, à petits pas prudents et réfléchis, pour que cela fonctionne malgré ces contraintes constitutionnelles tenaces. C’est ça, la difficulté de la tâche qu’il avait accomplie.
Un succès qui s’approchait des cibles de 2030
À la fin de 2023, l’Institut climatique canadien, ce n’est pas rien, évaluait que les politiques déjà adoptées ou proposées pouvaient nous permettre d’atteindre 85 à 90 % de l’objectif du Canada pour 2030. Ce n’est pas exagéré de le répéter : Guilbeault était l’architecte d’une politique climatique novatrice, même si nous sommes le quatrième producteur de pétrole au monde. Mais son patron, Mark Carney, a décidé de tout mettre par terre en un gros coup de pied, au nom, encore une fois, de l’économie.
La suspension de la taxe carbone, première rebuffade majeure
Dès son arrivée au pouvoir, Carney a suspendu cette taxe. C’était la première grande claque pour l’ancien ministre. Même s’il avait mis tout son poids politique pour que Mark Carney devienne chef libéral, et qu’il avait accepté l’abolition de cette taxe, le reste des politiques n’avait pas été discuté ouvertement. Le pire était à venir, malheureusement.
Le coup fatal : le règlement sur l’électricité propre

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Bien sûr, l’Alberta et la Saskatchewan détestaient cette mesure. Mais le coup de théâtre est arrivé récemment. Mark Carney a signé un protocole d’entente avec Danielle Smith, suspendant les obligations pour l’Alberta. C’est énorme! Plus de 80 % de l’électricité albertaine utilise du gaz naturel. C’était la cible principale! C’est la deuxième rebuffade, et probablement la plus dévastatrice, qui promet un effet domino sur l’Ontario et la Saskatchewan qui vont, sans surprise, demander la même exemption d’Ottawa. Ce n’est pas juste, je trouve.
Un coffre à outils vidé de son contenu

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Et comme si ce n’était pas assez, l’adoption rapide de la loi C-5, qui permet à Ottawa d’accélérer des projets et de contourner les lois environnementales, s’ajoute à cette longue liste d’irritants. Il est allé de déception en déception, le pauvre.
La solution miracle du captage de carbone

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Les chiffres ne mentent pas, vous savez. Selon le dernier inventaire des émissions de GES (694 Mt en 2023), seules 3 Mt ont été séquestrées par le CSC. C’est à peine 0,4 %! Est-ce que cela suffira si le premier ministre encourage en même temps l’augmentation de la production d’énergies traditionnelles? La question, pour moi, elle est vite répondue.
Conclusion : Le goût amer d’une défaite de principe
Steven Guilbeault est un politicien pragmatique, il savait qu’il ne gagnerait pas toutes les batailles au fil des ans. Mais cette fois, c’était la fin. La démolition complète de son édifice climatique avait un goût trop amer. Il part pour ne pas trahir davantage ses principes. C’est la seule conclusion possible pour cet architecte désormais sans plan.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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