Le futur compromis en pleine pénurie
Elles sont inscrites en psychoéducation, en enseignement, ou en éducation spécialisée, toutes des formations menant vers des métiers où la demande de main-d’œuvre est criante. Pourtant, ces jeunes femmes qui portent le hijab sont confrontées à une réalité brutale : les récentes manœuvres législatives du gouvernement, notamment l’adoption du projet de loi 94 et l’arrivée du projet de loi 9, viennent tout simplement anéantir leurs perspectives professionnelles au Québec. Une douzaine d’entre elles ont accepté de partager leur désarroi, ces chamboulements soudains qui touchent leurs plans d’études, de carrière, et, franchement, de vie.Le projet de loi 9, déposé récemment, vise à étendre l’interdiction du port de signes religieux aux milieux de garde subventionnés (les fameux CPE) et, de façon plus alarmante encore pour elles, au réseau scolaire privé. Pour ces futures diplômées, c’est la confirmation que la porte se referme, quoi qu’elles fassent, comme si on leur disait qu’elles n’étaient plus les bienvenues ici.
Partir du québec : « le choix est vite fait »

credit : lemorning.ca (image IA)
Pour certaines, la déception a rapidement laissé place à un sentiment d’urgence. Celia (un nom d’emprunt pour la protéger, je suppose), étudiante de troisième année en psychoéducation à l’Université de Montréal, a carrément suspendu son baccalauréat. Elle rêvait de travailler auprès des tout-petits, mais quand elle a compris que le projet de loi 9 allait rendre impossible le port du voile dans les CPE, elle a tout stoppé. C’était la goutte qui a fait déborder le vase, selon ses mots.« Je me sens ébranlée, humiliée. Où qu’on se tourne, la porte se ferme. Avec mes amies, chaque jour, on se dit qu’il faut qu’on parte, » a-t-elle confié. Et elle ne blague pas : Celia se prépare à retourner en Algérie, son pays d’origine qu’elle avait quitté enfant, ou peut-être au Maroc. Pour Sirine Alem, étudiante en adaptation scolaire, c’est le même « brouillard » émotionnel. Elle est complètement perdue, elle a pleuré souvent, et ses options se résument à changer de programme… ou de pays. Le plus frappant, c’est que pour elles, enlever le voile n’est pas envisageable; il fait partie intégrante de leur identité. C’est donc un choix draconien : entre la foi et la carrière, le choix est vite fait, nous dit Celia.
Le piège des stages : une loi qui bouscule l’université

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Au-delà du futur projet de loi 9, c’est l’application de l’ancienne loi, rebaptisée loi 94, qui commence déjà à faire des ravages sur les stages. Initialement, Yasmine (qui a aussi requis l’anonymat) pensait pouvoir contourner l’interdiction d’enseigner dans le public en se dirigeant vers une école privée. C’était son plan, son échappatoire.Puis, deux jours seulement avant de commencer son stage dans une école primaire de Montréal, l’Université de Montréal lui a transmis un courriel sinistre du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) : l’interdiction de porter un signe religieux s’appliquait désormais aux stagiaires. La date indiquée, aussi étrange que cela puisse paraître, était le 17 novembre 2025 pour l’application des consignes, mais l’effet a été immédiat pour Yasmine qui a dû se retirer à contrecœur. Elle était déçue, les enfants l’attendaient ! Heureusement, sa superviseure a réussi à lui trouver une place de stage dans le privé. Mais Yasmine est lucide : ce n’est qu’une solution temporaire, et comme le PL9 menace d’étendre la règle au privé, ses perspectives se rétrécissent à vue d’œil.
Réorientation forcée et sentiment d’impasse

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L’angoisse est palpable chez ces étudiantes. Yasmine se retrouve sans plan B et se sent complètement bloquée après tant d’investissements dans ses études. C’est très, très angoissant, nous dit-elle. Une autre étudiante, Amira, n’a eu d’autre choix que d’opter pour une solution que je qualifierais de draconienne : elle se réoriente vers le travail social. « J’ai toujours voulu enseigner, mais ce n’est plus possible, » explique-t-elle, tout en croisant les doigts pour que le travail social ne soit pas le prochain domaine ciblé.Sarra Khelifi, en troisième année à Concordia, est aujourd’hui prise de doutes terribles. Elle qui pensait le privé sécurisé dort mal, se demandant si elle ne devrait pas tout laisser tomber pour aller terminer ses études à l’Université d’Ottawa. Et Imane, elle, tente de sauver deux ans d’études en enseignement en transférant en littérature ou en linguistique. Ces jeunes femmes remettent tout en question. La phrase la plus déchirante, c’est celle-ci : « On ne se sent pas les bienvenues. Mais on est nées ici, » souligne l’une d’elles, au bord des larmes.
Le gouvernement campe sur la neutralité des valeurs québécoises

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Face à cette détresse, Radio-Canada a sollicité les ministres concernés, dont Jean-François Roberge (Laïcité). C’est finalement le cabinet de la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, qui a répondu, rappelant que le Québec a fait le choix d’un « modèle de laïcité où tous les élèves doivent pouvoir apprendre dans un contexte neutre, exempt de signes religieux, et reflétant les valeurs québécoises. » Martine Biron, ministre de l’Enseignement supérieur, a ajouté que cette neutralité contribuait à l’égalité entre les hommes et les femmes, sans remettre en question les croyances personnelles.Mais ce discours, pour Rocaya, étudiante au Cégep Montmorency, est ressenti comme un « acharnement ». Elle estime que le gouvernement caquiste la cible, elle et ses consœurs, de façon de plus en plus agressive. « Ça renforce la haine, le racisme, l’islamophobie. Comme si on était des extraterrestres. C’est vraiment frustrant, » lâche-t-elle. On sent chez elle, et chez les autres, la peur de se demander jusqu’où le gouvernement ira.
Les appuis et les préoccupations éthiques et de main-d’œuvre
Heureusement, ces étudiantes ne sont pas seules à dénoncer la situation. Plusieurs professeurs, comme Julie Larochelle-Audet de l’Université de Montréal, se sont mobilisés. Elle trouve la situation « inhumaine », notant que ces femmes se forment pour des domaines en forte pénurie. Mettre leur trajectoire professionnelle en péril en plein milieu de leurs études, c’est absurde, vous ne trouvez pas ? Elle demande d’ailleurs aux ministères et aux universités de trouver des accommodements pour qu’elles puissent, au moins, obtenir leur diplôme.Du côté des organismes, les critiques fusent. La Ligue des droits et libertés (par la voix de Laurence Guénette) a qualifié le projet de loi 9 de « déplorable », soulignant que c’était un message d’une « violence inouïe qui touche à leur dignité ». Même l’Association québécoise des CPE (AQCPE), par la voix de Geneviève Blanchard, a rappelé la pénurie d’éducatrices qualifiées. Toute mesure qui empêche des personnes qualifiées de se joindre au réseau aura inévitablement un impact sur la qualité des services. C’est logique, non ?
Conclusion : les universités en quête de solutions
En définitive, ces projets de loi successifs mettent une pression incroyable sur les étudiantes musulmanes qui font face à la fermeture progressive des portes de l’emploi dans les réseaux publics et bientôt, peut-être, privés subventionnés. La question de l’identité et du droit au travail se heurte de plein fouet au principe de laïcité tel que défini par le gouvernement actuel. Nous observons toutefois que les établissements d’enseignement supérieur (UdeM, ULaval, UQAM, et la Fédération des cégeps) ont conscience de l’enjeu. Ils se sont engagés à accompagner les stagiaires touchées par la loi 94 et étudient les options pour soutenir ces étudiantes dans leur cheminement.Le message qu’il faut retenir, c’est celui-ci : priver des citoyennes de leur droit de travailler en raison de leur foi est jugé inacceptable par les groupes de défense des droits. L’avenir de ces jeunes Québécoises, souvent nées ici, reste suspendu à ces décisions législatives, les forçant à envisager, avec tristesse, de refaire leur vie ailleurs si l’impasse persiste.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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