L’onde de choc au sein du Cabinet Carney
La nouvelle est tombée comme un pavé dans la mare politique : Steven Guilbeault, l’ancien ministre de l’Environnement sous Justin Trudeau et récemment nommé à l’Identité et la Culture canadiennes par Mark Carney, a choisi de démissionner. C’est un départ brutal, un claquement de porte, justifié par un « profond désaccord » avec la direction prise par le nouveau gouvernement.Mais quel est le point de rupture ? Étonnamment, ou peut-être pas tant que ça pour quiconque suit ce dossier, c’est l’entente de principe que le premier ministre Carney a conclue avec l’Alberta. Cette entente ouvre la voie à un nouvel oléoduc d’envergure. Pour Guilbeault, militant écologiste de longue date – rappelez-vous, il a même escaladé la Tour du CN ! – cela représente un recul absolument inacceptable. Il l’a dit clairement sur ses réseaux sociaux : l’environnement doit rester à l’avant-scène, même dans un contexte économique difficile.
Le transfert et le malaise : avaler des couleuvres
Franchement, depuis l’arrivée de Mark Carney au pouvoir, beaucoup se demandaient combien de temps Guilbeault tiendrait. Il est passé de l’Environnement (son champ d’expertise, son combat) à l’Identité et la Culture canadiennes en mars dernier. Ça sentait déjà un peu la mise à l’écart, non ? Il semblait qu’il était en train d’« avaler des couleuvres », comme on dit si bien.Même si, selon certaines sources, il avait réussi à faire accepter des changements au protocole de l’oléoduc la veille de sa démission, la réflexion du jeudi matin a été sans appel. Après une discussion avec son chef, il a pris la décision radicale. Être un architecte des politiques climatiques, puis voir tout cet édifice se fragiliser… c’est une position intenable.
L’entente albertaine : une exemption environnementale controversée
Ce fameux « grand tuyau » dont on parle est loin d’être un projet anodin. L’oléoduc proposé traverserait l’Alberta et la Colombie-Britannique pour exporter du pétrole vers l’Asie. Le nœud du problème, et ce qui a provoqué la fureur de l’ex-ministre, c’est le statut que lui accorderait Ottawa : celui de projet d’intérêt national. Pourquoi est-ce si grave ? Parce que cette désignation permettrait d’exempter le projet de certaines lois environnementales fédérales.De plus, l’entente fédérale-provinciale a des ramifications encore plus larges. Ottawa s’est engagé à suspendre l’application du Règlement sur l’électricité propre (REP) en Alberta et, surtout, à ne pas mettre en place le très attendu plafonnement des émissions du secteur pétrolier. On parle quand même d’une politique essentielle pour atteindre nos cibles climatiques. Guilbeault a insisté sur les impacts majeurs, notamment sur la pollution climatique, et a dénoncé l’absence de consultation avec les Premières Nations et le gouvernement britanno-colombien.
Le démantèlement de l’héritage : taxe carbone et cibles manquées

credit : lemorning.ca (image IA)
Il faut comprendre que cette entente s’ajoute à une longue liste de reculs perçus par Steven Guilbeault. Il a mentionné que plusieurs des outils cruciaux qu’il avait mis en place pour lutter contre les changements climatiques — comme la tarification sur le carbone, le plafond sur les émissions et le REP — étaient en train d’être, ou sur le point d’être, démantelés. C’est l’héritage politique de sa vie, qui s’effondre.Rappelons que M. Guilbeault avait déjà perdu son poste à l’Environnement au printemps, un changement qu’il attribuait lui-même à sa forte association avec la taxe carbone. Il supposait, avec un brin d’amertume, que l’entourage de Carney avait voulu enlever l’argument « Steven » à l’opposition conservatrice. C’est ça, la politique. Dommage, car l’heure est grave : le Canada n’aurait réduit ses émissions que de 8,5 % par rapport à 2005, loin des objectifs de 40 % d’ici 2030 inscrits dans l’Accord de Paris.
Les réactions enflammées en Alberta
Si l’émoi est palpable au Québec et chez les écologistes, la nouvelle a été accueillie d’une tout autre manière en Alberta. Là-bas, ce fut l’euphorie ! Les députés du gouvernement conservateur uni de Danielle Smith ont bruyamment applaudi l’annonce de la démission. Le ministre de la Justice, Mickey Amery, a lancé que c’était une journée remplie de « nouvelles incroyablement bonnes », se débarrassant du plafond des émissions et voyant arriver un nouveau pipeline. Steven Guilbeault était manifestement perçu comme un ennemi de la province, un obstacle.Ce contraste montre bien la fracture profonde qui traverse le pays entre les impératifs environnementaux et les intérêts économiques du secteur pétrolier. C’est le dilemme canadien par excellence, exacerbé par la nouvelle orientation du Cabinet Carney.
Un geste salué par la communauté écologiste

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Comme il fallait s’y attendre, les organisations environnementales ont immédiatement salué le courage de l’ancien ministre, tout en dénonçant l’entente avec l’Alberta. Équiterre, l’organisme qu’il a cofondé dans les années 90, a déploré une entente qui marginalise la Colombie-Britannique et met en péril les communautés côtières et autochtones ainsi que leur biodiversité. Ils rappellent que M. Guilbeault a travaillé d’arrache-pied pour le plafonnement des émissions pétrogazières, une mesure radicale.Hugo Séguin, son ancien partenaire chez Équiterre, a résumé la situation avec clarté, disant que Mark Carney avait « bel et bien fait son choix entre la protection de l’environnement et les intérêts de l’Alberta. Steven ne pouvait plus rester ». Pour le PDG de la Fondation Trottier, Karel Mayrand, c’est un acte de fierté : « J’ai le cœur brisé pour lui, mais je suis fier qu’il reste debout alors que son gouvernement capitule devant l’industrie pétrolière. »
Mark Carney défend sa stratégie, mais l’avenir climatique s’assombrit

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De son côté, Mark Carney a réagi avec des mots de gratitude pour la contribution de Steven Guilbeault, reconnaissant leur « opinions divergentes sur la manière exacte de réaliser les progrès essentiels ». Le premier ministre a tout de même défendu sa nouvelle approche, affirmant qu’« Une stratégie fondée uniquement sur des réglementations et des interdictions ne permettra pas d’atteindre nos objectifs climatiques. »Bien sûr, il est facile de louer le départ d’un député tout en défendant sa propre stratégie. Mais, franchement, le Canada est déjà à la traîne pour respecter l’Accord de Paris, qui exige une réduction d’au moins 40 % d’ici 2030. Dans ce contexte, la démission de Guilbeault, un pilier du militantisme, soulève de sérieuses questions sur la crédibilité de l’ambition climatique du nouveau gouvernement libéral.
Conclusion : Le constat amer d’un militant

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Steven Guilbeault continue son chemin comme député libéral de Laurier–Sainte-Marie, mais son départ du Cabinet est un symbole fort de la priorisation de l’économie fossile sur les objectifs climatiques. Yves-François Blanchet, le chef du Bloc québécois, a bien résumé la situation, parlant d’un « dur constat » pour un homme qui a toujours voulu changer un Canada qu’il jugeait « trop pétrolier ». Sa décision est vue comme un acte de conscience, une rupture nécessaire.Finalement, l’entente avec l’Alberta ne fait pas que potentialiser les impacts environnementaux majeurs par un nouveau pipeline; elle démantèle des outils clés de lutte contre le GES et coûte au premier ministre un ministre emblématique. On verra si le choix de Mark Carney de s’éloigner des réglementations strictes pour apaiser l’Ouest se révélera payant, ou si cela nuira irrémédiablement aux engagements climatiques du Canada pour 2030 et 2035.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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