Quand les soins deviennent une tragédie : la veuve de Normand Meunier se bat après des plaies de lit fatales

Quand les soins deviennent une tragédie : la veuve de Normand Meunier se bat après des plaies de lit fatales credit : lemorning.ca (image IA)

La mise en demeure pour les préjudices subis

C’est un drame humain déchirant qui nous rappelle la fragilité de notre système de santé. Sylvie Brosseau, la veuve de Normand Meunier, cet homme tétraplégique décédé en mars 2024, est déterminée. Elle envisage sérieusement d’adresser une mise en demeure au Centre intégré de santé et de services sociaux des Laurentides (CISSSL) pour les souffrances abominables qu’elle et son défunt conjoint ont dû endurer. Ces préjudices l’ont, malheureusement, conduit à l’impensable : demander l’aide médicale à mourir (AMM).Le montant réclamé n’est pas encore public, mais l’enjeu dépasse largement la compensation financière. Il s’agit d’un combat pour la dignité, comme l’a d’ailleurs rappelé Me Patrick Martin-Ménard, l’avocat de Mme Brosseau, lors d’un point de presse récent. Nous parlons ici de défaillances systémiques qui ont coûté la vie à un homme. C’est difficile à accepter, n’est-ce pas?

Le séjour à l’urgence : la genèse d’une catastrophe

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L’histoire, révélée au départ par Radio-Canada, prend racine en janvier 2024. M. Meunier, tétraplégique, est admis à l’hôpital de Saint-Jérôme pour des problèmes respiratoires. Ce qui aurait dû être un simple séjour de stabilisation est devenu une descente aux enfers. Il a passé quatre jours complets à l’urgence. Imaginez. Quatre jours, sans un matelas spécifiquement adapté à sa condition.Sa conjointe, Mme Brosseau, a pourtant multiplié les demandes auprès du personnel. Mais, sans une évaluation adéquate ou une mobilité suffisante du patient, le pire est arrivé. À son retour à la maison, onze jours plus tard, ils ont découvert deux plaies de lit immenses : l’une de 11 par 8 cm à la fesse gauche et une autre de 7 par 12 cm à la fesse droite. Ces lésions étaient déjà nécrosées, rendant le pronostic très sombre. Pour atténuer ces dommages, M. Meunier a dû subir deux chirurgies de débridement, particulièrement éprouvantes et douloureuses. Un calvaire inutile, en vérité.

De la souffrance à l’aide médicale à mourir

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Face à la douleur incessante et à la perspective d’une dégradation insoutenable, M. Meunier a pris une décision radicale. Après plusieurs semaines de lutte, il s’est résolu à demander l’aide médicale à mourir. Il est décédé le 29 mars 2024. C’est quand même sidérant de penser qu’un manque de soins de base ait pu conduire à cette extrémité.Le rapport du coroner Me Dave Kimpton, rendu public tout récemment, est sans équivoque : les plaies de lit sont apparues ou se sont aggravées en milieu hospitalier. C’est officiel. Ce n’est pas une opinion, c’est une conclusion d’enquête. M. Meunier a choisi l’AMM pour ne pas avoir à subir une éventuelle amputation jusqu’au tronc, une option qui était dans la mire en raison de l’étendue des plaies de pression. Le drame dépasse l’individu; il révèle des failles profondes.

Le cri de la proche aidante : « j’étais ignoré complètement »

Lors de la conférence de presse, Mme Brosseau a parlé, la voix nouée par l’émotion, mais forte d’une détermination puisée auprès de son conjoint décédé. Elle a qualifié les soins donnés à l’hôpital de Saint-Jérôme d’« épouvantables ». Elle a surtout insisté sur le manque total de considération pour la tétraplégie de Normand. « En rentrant à l’urgence, personne ne nous écoutait, on était ignoré complètement », a-t-elle affirmé.C’est un point fondamental. En tant que proche aidante, elle se sentait invisibilisée. « Moi, la proche aidante, c’est comme si je n’existais pas, comme si je ne connaissais rien. » Pourtant, elle supervisait très bien les soins à la maison avec l’aide du CLSC. C’est une situation déplorable, comme l’a reconnu Luc Mathieu, le président de l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ), qui a rappelé l’importance cruciale de l’humanisme et de la prise en compte des proches aidants. Il a même avoué que les gens qui insistent — comme Mme Brosseau l’a fait — ont raison de le faire quand leurs demandes sont légitimes mais restent sans écho. Je suppose qu’on ne peut qu’être d’accord.

Vers une action collective : la pointe de l’iceberg de la négligence

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L’affaire Meunier a mis en lumière un problème bien plus vaste. Moelle épinière et motricité Québec (Mémo-Québec) est déjà en train d’évaluer la possibilité de déposer une action collective contre Santé Québec et le ministère de la Santé. Pourquoi? Pour inclure toutes les personnes qui, blessées médullaires ou non, ont subi une trajectoire de soins défaillante ayant entraîné des plaies de lit.Me Martin-Ménard estime que cela pourrait concerner des milliers de Québécois. Mémo-Québec tient d’ailleurs un registre qui contient déjà une centaine de cas similaires au drame de M. Meunier. L’avocat est très clair : « Ce n’est que la pointe de l’iceberg ». On parle ici d’une action de portée systémique, nécessaire, car les témoignages continuent d’affluer chaque semaine, tous parlant de négligences. Mme Brosseau raconte d’ailleurs que les gens la contactent, isolés, car « ils ont peur du système ». C’est une dénonciation puissante.

Les ordres professionnels sommés de s’améliorer

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L’enquête du coroner a également pointé du doigt les ordres professionnels. Me Martin-Ménard a même critiqué le Collège des médecins du Québec (CMQ) et l’OIIQ pour ne pas avoir participé aux travaux du coroner, bien que des enjeux cruciaux touchant leurs membres aient été discutés. C’est un point sensible.Le rapport Kimpton adresse désormais des recommandations directes. Le CMQ doit aviser ses membres de la spécificité des soins aux blessés médullaires, notamment concernant la prévention et le traitement des plaies, et insister sur la formation continue obligatoire. Quant à l’OIIQ, on lui demande de sensibiliser ses membres aux soins destinés aux usagers blessés médullaires et de leur offrir une formation de base continue sur le sujet. Le président de l’OIIQ, Luc Mathieu, a confirmé qu’il donnerait suite à cette recommandation, reconnaissant qu’elle était légitime. Il a même admis que des infirmières avaient manqué à leur devoir de surveillance clinique, évoquant plusieurs « opportunités manquées » d’intervenir. L’Ordre a, semble-t-il, déjà mis à disposition des outils et des formations continues sur les pratiques en soins de plaies, mais visiblement, il y a encore du chemin à faire.

Conclusion : l’espoir d’un changement durable dans les soins

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Le combat de Sylvie Brosseau, bien que né d’un deuil et d’une souffrance inouïe, est fondamental pour la protection des patients. Son intention d’envoyer une mise en demeure au CISSSL, ainsi que l’évaluation d’une action collective par Mémo-Québec, ne sont pas de simples gestes juridiques, mais des tentatives concrètes pour forcer le système à changer.Ce récit nous rappelle à quel point l’humanisme et l’écoute sont des piliers dans les soins, surtout pour les personnes vulnérables comme celles atteintes de lésions de la moelle épinière. Le décès de Normand Meunier, qui aurait pu être évité selon l’OIIQ lui-même, doit servir de signal d’alarme retentissant. Nous devons espérer que les recommandations claires du coroner Kimpton seront réellement mises en application par le Collège des médecins et l’OIIQ, pour que d’autres tragédies impliquant des plaies de lit ne se reproduisent plus dans nos hôpitaux. C’est ce que Mme Brosseau cherche, et c’est, honnêtement, le strict minimum que nous puissions attendre d’un système de santé moderne.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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