Le mirage des « shots de bien-être » : des experts dénoncent des promesses de santé sans fondement scientifique

Le mirage des « shots de bien-être » : des experts dénoncent des promesses de santé sans fondement scientifique credit : lemorning.ca (image IA)

La popularité du petit remontant anti-rhume

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Dès que la saison froide s’installe, on voit fleurir dans les allées d’épicerie ces petites bouteilles de jus concentré : les fameux « shots de bien-être ». L’idée, c’est de prendre une mini-dose ultra-concentrée pour soi-disant « gonfler à bloc » notre système immunitaire et ainsi échapper aux microbes et aux virus. Avouons-le, l’idée est tentante! Mais qu’en est-il vraiment de ces petites fioles qui coûtent un bras? Selon plusieurs experts que nous avons consultés, ces produits sont bien loin de tenir leurs promesses scientifiques.

Renforcer le système immunitaire : un concept marketing vide

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Olivier Bernard, pharmacien et vulgarisateur scientifique connu sous le nom du Pharmachien, est très clair. Il lance d’entrée de jeu qu’il n’y a « pas vraiment de bienfaits réels sur la santé » avec ces doses concentrées. Quand les compagnies parlent de « renforcer » ou de « soutenir » le système immunitaire, il faut être vigilant. Il affirme sans détour que, scientifiquement, ça n’a pas de sens! Ce n’est qu’une expression de marketing pure et simple utilisée par ces entreprises.

Il insiste : toute affirmation précise en lien avec la santé doit être basée sur des études solides, sur des données scientifiques rigoureuses. Or, quand on cherche les preuves derrière ces produits, on ne trouve rien de clair ou alors des études qui s’appliquent très difficilement au corps humain.

Les limites de la réglementation de santé canada

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Alors, comment ces entreprises peuvent-elles afficher de telles promesses? C’est là que la réglementation devient un peu floue. Santé Canada, l’agence fédérale, tolère les allégations de santé générales, mais se montre plus stricte quand il s’agit d’allégations fonctionnelles spécifiques. Pour ces dernières (qui lient un ingrédient à un bénéfice précis), des preuves scientifiques sont obligatoires. Les entreprises jouent sur cette ligne mince, utilisant des verbes très doux comme « aide », « facilite » ou « contribue ». C’est astucieux, non?

Le pharmacien Olivier Bernard déplore que ces affirmations, juste assez générales, « passent sous le radar » des autorités. À son avis, la réglementation actuelle est tellement lâche que les compagnies se sentent libres de dire à peu près tout ce qu’elles veulent. De son côté, Santé Canada rappelle simplement que les étiquettes doivent être conformes à la législation canadienne pour ne pas être trompeuses.

Le curcuma et le gingembre : de la poudre aux yeux pour le système immunitaire

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Certains ingrédients, comme le curcuma et le gingembre, sont souvent mis de l’avant pour leurs propriétés naturelles. Cependant, le Dr Michaël Bensoussan, gastroentérologue, tranche : c’est de la « poudre aux yeux ». Il n’y a aucune preuve scientifique, selon la littérature médicale, qu’un produit comme le curcuma va réellement « booster » votre système immunitaire. Ces croyances découlent souvent d’usages traditionnels, de « remèdes de grand-mère », qui circulent beaucoup trop facilement sur Internet.

Le docteur Bensoussan met en garde : tellement de gens sont convaincus de l’efficacité prouvée du curcuma. Pourtant, tout ce que l’on peut dire, c’est que ces ingrédients font partie d’une alimentation équilibrée et qu’ils « ne peuvent pas nuire ». C’est tout. Il insiste sur le fait qu’une alimentation riche et variée est amplement suffisante. Nul besoin d’ajouter ces jus concentrés onéreux. Il va même plus loin, jugeant que ces compagnies sont à la limite de la publicité mensongère.

Des appellations dangereusement trompeuses

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Le problème ne s’arrête pas aux allégations générales. Certaines marques vont beaucoup trop loin dans le choix de leurs noms de produits. Par exemple, la compagnie Greenhouse, qui n’a d’ailleurs pas répondu à nos courriels, propose des doses nommées « Vaccin antigrippal » ou « Farma-C+ ». C’est extrêmement troublant.

Olivier Bernard est outré par ces tactiques : « C’est trompeur. Ça ne devrait pas être permis! » Un vaccin, c’est un médicament, c’est précis. L’utiliser sur une bouteille de jus, c’est carrément induire le consommateur en erreur. Les experts réclament une refonte complète de la législation pour encadrer plus sévèrement les produits d’autosoins, surtout à une époque où les « vérités alternatives » non basées sur la science sont monnaie courante.

L’effet placebo et l’arnaque du prix

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Malgré tout ce qui précède, est-ce que ça fait du bien de boire ces shots? La nutritionniste Stéphanie Côté estime que si ça fait partie d’une routine de vie saine (bonne alimentation, exercice), l’effet peut être positif, surtout au niveau psychologique. On parle ici de l’effet placebo : le simple fait de prendre un « remède » nous donne un sentiment de contrôle et de bien-être. Mais, attention, ce n’est « pas la cour aux miracles », prévient-elle. On ne peut pas compenser de mauvaises habitudes de vie en buvant un petit verre de jus par jour.

De plus, si on regarde le tableau de la valeur nutritive, l’apport réel est souvent minime. Mis à part quelques exceptions comme un apport décent en zinc (comme pour la dose Le choix du président, qui est d’ailleurs « Supplémenté Santé Canada »), la majorité des nutriments est en bas de 15 % de la valeur quotidienne. Et payer entre 3 $ et 5 $ pour 60 ml de jus? Avouons que ce n’est pas très économique, surtout si l’on en boit tous les matins!

Préparer ses propres élixirs : la solution simple et économique

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Heureusement, si le goût du gingembre et du curcuma vous plaît, il y a une bien meilleure solution pour votre porte-feuille et votre santé globale : la cuisine maison! La nutritionniste Stéphanie Côté nous rappelle qu’il est facile de préparer ses propres mélanges concentrés à la maison, que ce soit avec un extracteur ou même un simple mélangeur et un coton à fromage.

Mieux encore, consommer ces ingrédients sous leur forme alimentaire naturelle (gingembre dans les tisanes ou marinades, curcuma dans la cuisine) est bien plus avantageux, car cela vous apporte aussi les précieuses fibres alimentaires. C’est un choix de goût, de budget, mais aussi de bon sens alimentaire.

Le rôle de l’alimentation saine, avant tout

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En définitive, les « shots de bien-être » sont plus un phénomène de mode qu’une véritable percée scientifique pour prévenir les maladies. Les experts sont unanimes : la base d’une bonne santé, c’est une alimentation riche, variée et équilibrée. C’est ce qui offre au corps tous les apports nécessaires pour être protégé contre les infections, et il n’y a rien à y ajouter avec ces petites bouteilles.

Le Dr Bensoussan et Olivier Bernard soulignent la nécessité pour le gouvernement d’agir pour renforcer la loi et peut-être même imposer des avertissements sur ces produits, pour que nous, les consommateurs, puissions faire des choix réellement éclairés et ne pas nous fier uniquement aux messages marketing, souvent trompeurs.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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