Évaluation du programme ‘Eat Well, Be Well’ : Les incitations SNAP de Rhode Island portent-elles leurs fruits ?

Évaluation du programme ‘Eat Well, Be Well’ : Les incitations SNAP de Rhode Island portent-elles leurs fruits ? credit : lemorning.ca (image IA)

Un programme d’incitation unique en son genre

C’est une question que nous nous posons souvent : comment encourager tout le monde, y compris les foyers les plus modestes, à manger plus de fruits et de légumes ? En janvier 2024, l’État de Rhode Island a tenté une approche audacieuse et inédite aux États-Unis avec le lancement de son programme Eat Well, Be Well. L’idée ? Offrir une petite carotte (sans jeu de mots !) aux bénéficiaires du programme d’aide alimentaire fédéral, le SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program).

Tous les bénéficiaires du SNAP y ont été inscrits automatiquement. C’était une première nationale, une initiative censée révolutionner la façon dont nous abordons la nutrition publique. Mais est-ce que ça a marché ? Des chercheurs se sont penchés sur la question, et les résultats, publiés dans JAMA Network Open, sont plus nuancés que prévu. Je suppose qu’en matière de changement d’habitudes, rien n’est jamais simple.

Le fonctionnement simple et efficace de l’incitation

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Le mécanisme était, sur le papier, d’une simplicité désarmante. Pour chaque dollar dépensé en fruits et légumes frais — uniquement pour les achats faits en personne chez les détaillants participants, attention, c’est un détail important —, les clients recevaient 0,50 $ en avantages SNAP supplémentaires.

Cette incitation était plafonnée à 25 $ par mois, rechargés directement sur leur carte de transfert électronique des avantages (EBT). C’est une aide appréciable, surtout quand on sait à quel point le budget alimentaire peut être serré. Le but était clairement de rendre ces produits, souvent plus chers, beaucoup plus accessibles financièrement.

La méthode de l’étude : Rhode Island face au Connecticut

Pour évaluer si l’argent supplémentaire faisait vraiment une différence, une équipe de chercheurs, dont Maya Vadiveloo de l’Université de Rhode Island, a mis au point un protocole de comparaison plutôt ingénieux. Ils ont suivi le régime alimentaire de 364 résidents de Rhode Island avant et après le lancement du programme (sur une période de 5 à 8 mois).

Mais pour avoir un point de comparaison solide, ils ont aussi observé 361 personnes du Connecticut qui, elles, n’étaient pas inscrites à un tel programme d’incitation. On peut dire que la principale différence entre les deux groupes était bien l’existence de ce fameux programme Eat Well, Be Well, ce qui permet d’isoler son effet. C’est une démarche scientifique rigoureuse, n’est-ce pas ?

Résultat inattendu : l’aide profite aux mieux nourris

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Alors, qu’ont-ils découvert ? C’est là que ça devient franchement intéressant, et un peu frustrant, si vous voulez mon avis. Les participants de Rhode Island qui consommaient déjà plus de fruits et légumes au départ ont augmenté leur consommation de manière plus significative que leurs homologues du Connecticut. Ils se sont ainsi rapprochés des niveaux recommandés, selon Alison Tovar, l’auteure principale de l’étude.

Mais, et c’est le grand « mais » de l’histoire, l’étude n’a noté aucune différence significative chez ceux qui avaient une consommation très faible de fruits et légumes avant le programme. Autrement dit, ceux qui en avaient le plus besoin n’ont pas vraiment changé leurs habitudes. Le programme a amplifié une tendance existante plutôt que de créer un nouveau comportement sain.

Les barrières invisibles : transport et accès

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Pourquoi cet écart criant ? Maya Vadiveloo a soulevé plusieurs raisons tout à fait compréhensibles. Il est probable que les personnes ayant une faible consommation initiale soient aussi celles qui font face aux désavantages structurels les plus lourds. Pensez au transport, par exemple. Avoir moins d’options de transport peut limiter l’accès aux magasins participants. Si vous devez prendre deux bus pour aller dans l’unique supermarché qui offre le rabais, cela devient vite impossible, même avec 25 $ d’économie potentielle.

L’accès aux magasins, un revenu global plus faible pour l’achat de l’épicerie dans son ensemble… ce sont des facteurs multiples qui se sont additionnés. Il ne suffit pas de donner de l’argent ; il faut aussi s’assurer que les gens peuvent se rendre là où l’argent peut être dépensé, ce qui me semble être une évidence qu’on oublie trop souvent dans l’élaboration de ces politiques.

Le fossé de la communication et de l’information

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Un autre obstacle majeur identifié par Alison Tovar fut la notoriété du programme lui-même. C’est un peu aberrant, mais figurez-vous que l’étude a montré que seulement un participant sur trois pouvait décrire correctement en quoi consistait Eat Well, Be Well. Pire encore, à peine un sur quatre a déclaré avoir utilisé le rabais !

Imaginez l’effort de mise en place d’un programme étatique de cette envergure, et puis, patatras, la moitié des gens ne savent même pas qu’ils peuvent en bénéficier, ou comment l’utiliser. Cela prouve bien que le meilleur des programmes ne sert à rien si l’implémentation et la communication ne suivent pas. On pourrait presque dire que l’information est plus importante que l’incitation financière elle-même, non ?

L’influence du contexte économique sur la valeur de l’aide

Bien que non directement lié aux chiffres de leur étude, le contexte économique actuel est absolument fondamental. Tovar insiste sur un point crucial : l’augmentation des coûts alimentaires et le fait que les allocations SNAP ne soient pas toujours mises à jour assez rapidement transforment la façon dont les familles perçoivent et utilisent ces incitations.

Si une famille est obligée de faire ses courses dans un magasin plus cher pour avoir droit au rabais, ou si l’incitation ne s’applique qu’aux produits frais, cela peut compliquer la gestion globale du budget. Si la réduction sur les carottes signifie qu’ils ne peuvent plus se permettre le lait pour les enfants, l’incitation perd tout son sens pratique. Les futures initiatives devront impérativement tenir compte de ces réalités économiques très concrètes pour s’assurer que l’aide soit perçue comme significative.

Les leçons à tirer pour améliorer les programmes

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En fin de compte, l’étude sur le programme ‘Eat Well, Be Well’ de Rhode Island nous donne une leçon double. D’une part, les incitations financières peuvent fonctionner pour encourager une meilleure alimentation, surtout chez ceux qui sont déjà sur la bonne voie. D’autre part, pour atteindre ceux qui en ont le plus besoin, il faut impérativement lever les barrières structurelles comme le transport et, surtout, améliorer drastiquement la communication.

L’équipe de recherche ne s’arrête pas là ; elle examine déjà les données de suivi à long terme (17 à 20 mois après le lancement) et prévoit des entretiens qualitatifs pour comprendre directement des participants ce qui rendrait le programme plus utilisable au quotidien. Le but ultime est de s’assurer que ces aides affectent favorablement l’ensemble du foyer, y compris les enfants. Il est clair que le potentiel est là, mais il faudra affiner la méthode pour que l’aide parvienne réellement à tous.

Selon la source : medicalxpress.com

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