Le tourbillon numérique : quand l’IA et les influenceurs menacent nos élections

Le tourbillon numérique : quand l’IA et les influenceurs menacent nos élections credit : lemorning.ca (image IA)

Le chaos numérique, une menace pour nos institutions

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Avouons-le, l’année qui vient de s’écouler nous a donné de grosses sueurs froides, particulièrement avec l’ascension fulgurante de l’intelligence artificielle générative. Cet outil a pris son envol si vite que, couplé à l’emprise grandissante des influenceurs dans nos fameuses « chambres d’écho » numériques, les chercheurs n’en dorment plus.

Ils sont clairs : si nous ne mettons pas en place des règles du jeu très claires et si nous n’obtenons pas davantage de transparence de la part des plateformes, les tentatives de manipulation pourraient bien finir par dépasser notre capacité, collective, à les identifier. Ce n’est plus juste une question de savoir si l’information est vraie ou fausse ; c’est si on arrivera à la détecter à temps. C’est là que ça devient franchement inquiétant pour notre démocratie.

Le sentiment d’urgence à l’université McGill

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Imaginez la scène, nous sommes à la mi-avril 2025, la campagne électorale fédérale bat son plein au Canada. Dans un bureau à l’Université McGill, à Montréal, Aengus Bridgman, un expert en désinformation, vient juste de rabattre l’écran de son ordinateur. Il a passé la journée à témoigner devant l’Assemblée nationale du Québec pour le Projet de loi 98, une réforme visant à protéger l’intégrité de nos élections face au numérique.

Son constat est sans appel. « La population passe de plus en plus de temps en ligne et on voit bien ce que ça donne aux États-Unis, dit-il. Je crois qu’on se dirige dans cette direction. » Ce qui l’angoisse, c’est cette société de plus en plus fragmentée, exposée à la désinformation, et, pire encore, de moins en moins outillée pour la reconnaître. Il l’avoue sans détour : « J’ai l’impression qu’on perd la bataille. Et les plateformes ne nous aident vraiment pas. »

L’équipe de l’Observatoire de l’écosystème médiatique (OEM) qu’il dirige, composée d’une quarantaine de chercheurs, scrute sans relâche le bruit en ligne. Leur rapport, déposé cet automne, est une alerte rouge : « Le Canada risque d’aborder les futures élections moins bien préparé, plus divisé et plus exposé à la manipulation. »

Un désert d’information et un engagement record

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C’est un peu paradoxal, non ? Nous sommes en pleine campagne, avec des inquiétudes légitimes concernant l’ingérence étrangère et une guerre économique en toile de fond, et pourtant, nos sources d’information habituelles sont quasi invisibles sur les réseaux.

Depuis deux ans, Meta (propriétaire de Facebook et Instagram) a cessé d’afficher le contenu des médias canadiens, une réaction directe à la Loi sur les nouvelles en ligne. X a fait de même. Mais devinez quoi? Les Canadiens continuent d’y aller! 54 % d’entre eux cherchent leur information politique sur Facebook. Le débat politique, lui, y fait rage. L’équipe de M. Bridgman a enregistré une hausse de près de 50 % des interactions en ligne pendant la campagne 2025. C’est énorme!

Le hic, c’est que plus il y a d’interactions, moins les chercheurs ont accès aux données pour les analyser. Meta a mis fin à Crowd Tangle, X a restreint l’accès aux données publiques… M. Bridgman est catégorique : « Nous sommes au pire moment en ce qui a trait à l’accès aux données et à la transparence des plateformes. Nous n’avons presque plus aucun accès. » Comme le souligne la juriste Ève Gaumond, comprendre comment l’information circule est devenu vraiment, vraiment plus difficile.

Les sentinelles numériques contournent l’opacité

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Face à la résistance des plateformes, l’OEM a dû se réinventer, devenir des détectives du numérique. Ils ont mis en place une petite équipe surnommée « Boots » : une douzaine d’universitaires capables de décrypter l’information dans une dizaine de langues, du mandarin au russe, pour patrouiller les recoins du web. Ils ne regardent pas seulement X ou TikTok, mais aussi des réseaux spécifiques aux diasporas, comme Red Note ou Telegram. « Les communautés chinoises au Canada utilisent beaucoup plus Red Note, » explique Diya Jiang, la coordinatrice de l’équipe.

Pour vraiment comprendre l’écosystème, ils ont dû créer une quarantaine de faux profils aux tendances politiques diverses. Leur but : repérer les arnaques, les récits trompeurs et les manipulations. C’est un défi de taille car la frontière entre l’erreur et la manipulation délibérée est fine. Et si la campagne est courte, les manipulations peuvent apparaître et disparaître avant même d’être documentées. Ça, c’est terrifiant.

Le plus grand risque, selon Aengus Bridgman, c’est qu’une tentative de désinformation fausse un jour un résultat électoral à l’insu de tous. Il prend l’exemple de la Roumanie, où un scrutin a été annulé suite à des soupçons d’ingérence. Si cela arrivait ici, même dans une seule circonscription, ce serait « une crise nationale, une crise constitutionnelle. »

L’IA générative et la désinformation massive à faible coût

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L’année 2024, avec 83 scrutins mondiaux, fut un terrain de jeu pour l’intelligence artificielle. Au Canada, c’était notre première élection fédérale avec l’explosion de ces technologies. Leurs capacités ont fait des bonds de géant en quelques mois, c’est le moins qu’on puisse dire.

Bien sûr, certains « hypertrucages » repérés ne sont que des satires. Mais d’autres incidents sont plus sérieux : des allégations d’ingérence chinoise, ou des pages louches faisant la promotion d’un 51e État américain composé de provinces canadiennes. Il y a même eu des rumeurs, alimentées par un réseau coordonné de 378 comptes, insinuant des liens douteux entre le chef libéral Mark Carney et Jeffrey Epstein. Heureusement, ces derniers n’ont eu qu’une influence minime, selon le chercheur Mika Desblancs-Patel.

Mais ce qui inquiète le plus, c’est la désinformation massive générée par l’IA. Des centaines de fausses nouvelles copient l’identité de Radio-Canada ou de CTV pour servir d’appâts à des arnaques aux cryptomonnaies. L’OEM a recensé plus de 75 pages Facebook qui paient pour diffuser ces publicités trompeuses! M. Bridgman trouve la situation « illogique » : « Si je veux voir de vraies nouvelles sur une plateforme Meta, c’est impossible. Mais la même plateforme accepte de l’argent pour publier des pages qui imitent de vraies pages d’information qui ont pour but d’arnaquer et de voler des Canadiens. »

C’est la preuve, selon lui, que l’IA permet de fabriquer de la désinformation en grande quantité et à faible coût. Et dans quelques années, la majorité des commentaires en ligne seront écrits par une IA, on ne saura plus quoi croire.

Des influenceurs au lieu des médias : la nouvelle courroie de transmission politique

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Voici une autre tendance qui devrait nous faire réfléchir : durant la campagne, plus de la moitié des interactions politiques ont eu lieu sur du contenu publié par des influenceurs, des créateurs indépendants. Ils ont carrément « remplacé » les médias traditionnels, constate Aengus Bridgman. Pour arriver à ce chiffre, les chercheurs ont dû se faire des scripts automatiques pour « aspirer » les données des 5000 comptes les plus influents, même si, oui, ça enfreint les conditions d’utilisation de TikTok ou X. C’est malheureusement ce qu’il faut faire pour avoir une idée de ce qui se passe.

Ce sont ces influenceurs, bien plus que les partis ou les médias, qui « décident de quoi on va parler aujourd’hui ». Certains voient ça comme une démocratisation de l’information. D’autres, incluant M. Bridgman, s’inquiètent : ces nouveaux acteurs n’ont pas les mêmes codes ni les mêmes standards journalistiques. Ils sont souvent très polarisés. Me Gaumond résume bien l’inquiétude juridique : « On a des acteurs avec une très grande influence […] qui échappent à la plupart des formes d’obligations juridiques. Comment on se saisit de ça? »

Protéger notre démocratie, l’urgence de la transparence et de l’éducation

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Fort heureusement, M. Bridgman nous le confirme : malgré cette avalanche de rumeurs et de contenus synthétiques, les élections de 2025 n’ont pas été compromises. Le résultat est resté « intact ». Cependant, il met en garde : ce n’était peut-être qu’un test. Le vrai danger, c’est l’érosion lente mais persistante de la confiance.

On l’a vu avec la désinformation ciblant directement Élections Canada, notamment les allégations de fraude liées aux bulletins de vote. Les chercheurs ont mesuré l’effet : la confiance des électeurs conservateurs envers cette institution a chuté de 9 points entre 2021 et 2025. Un glissement subtil, mais très significatif.

Le rapport de l’OEM est clair : il faut agir, et vite. Me Gaumond insiste sur la nécessité d’outiller les chercheurs en obligeant les plateformes à fournir plus de données, et en imposant la transparence sur le financement des influenceurs et l’utilisation de l’IA dans les publicités politiques. Elle rappelle qu’il ne faut pas paniquer, car l’objectif des acteurs malveillants est justement d’éroder la confiance dans nos institutions démocratiques.

Cependant, pour elle, le problème le plus urgent n’est pas tant le retard du droit que le manque de préparation du public. « Ce qui m’inquiète vraiment, c’est le désinvestissement dans les médias, dans le système d’éducation. La population n’a pas les outils pour bien comprendre ce qui circule. » Son conseil, et celui de M. Bridgman, reste donc simple et essentiel : vérifiez toujours la source, et si vous voyez des nouvelles importantes uniquement sur X ou Facebook, méfiez-vous.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.