La clause grand-père rétroactive : départs forcés et chaos dans le réseau scolaire québécois

La clause grand-père rétroactive : départs forcés et chaos dans le réseau scolaire québécois credit : lemorning.ca (image IA)

Le drame de l’ultimatum de 24 heures

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C’est une situation profondément humaine et déroutante qui secoue actuellement le monde de l’éducation au Québec. La décision du gouvernement d’appliquer de manière rétroactive la fameuse « clause grand-père » de sa nouvelle loi renforçant la laïcité (anciennement le projet de loi 94) a semé la confusion et, franchement, beaucoup de mécontentement. On parle ici de vies professionnelles chamboulées, d’un jour à l’autre, et ce, dans un réseau qui croule déjà sous la pénurie de personnel. C’est la double peine, on dirait.

Prenez l’exemple de Naima (un nom d’emprunt, bien sûr) : mardi dernier, elle reçoit un courriel du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM). On lui donne seulement 24 heures pour retirer son hijab ou dire adieu à sa promotion temporaire qu’elle obtient pourtant chaque année. Ce n’est pas un traitement très élégant pour des employées dévouées, non?

Rétrogradation et sentiment d’être ‘un chiffon jeté’

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Pour Naima, le choix est amer. Si elle refuse de signer le formulaire de conformité — qui l’oblige à cesser le port de signes religieux au travail — elle perd immédiatement sa promotion de technicienne en service de garde. Cela signifie une rétrogradation pure et simple à son poste initial d’éducatrice régulière. Certes, à ce poste, elle reste protégée par la « clause grand-père », mais on parle de moins de responsabilités et surtout, un moins bon salaire. « Je retourne en arrière », soupire-t-elle, c’est déchirant.

Son émotion est palpable : « J’étais tellement choquée. Je me suis sentie comme un chiffon jeté. Imaginez de vous faire dire de quitter un travail que vous aimez, pour lequel vous vous donnez à fond. C’est inhumain. » Farah, une autre employée dans une situation similaire, abonde dans le même sens, qualifiant le courriel reçu de véritable « menace ». Et tout ça, pour un simple foulard, alors que le réseau manque cruellement d’éducatrices compétentes et formées. Vraiment, ça n’a pas de sens.

La confusion autour de la « clause grand-père » et le 19 mars

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Beaucoup d’employées comme Naima et Farah croyaient sincèrement être à l’abri, pensant que la « clause grand-père » s’appliquait. Mais il y a un détail législatif qui change tout. L’entrée en vigueur de cette clause de droits acquis n’est pas la date d’adoption de la loi (le 30 octobre), mais remonte au 19 mars dernier, soit le jour même du dépôt du projet de loi 94.

C’est ça, le nœud du problème. Si un employé portant un signe religieux a été embauché, ou, comme dans le cas de Naima, a changé de fonction ou obtenu une promotion entre le 19 mars et le 30 octobre, il n’est plus du tout protégé. Ces personnes n’ont pas eu le fameux délai qu’on imaginait. Elles ont eu 24 heures. Ce n’est pas une transition, c’est un mur!

Conséquences directes : la peur des ruptures de service

Le milieu de l’éducation tire la sonnette d’alarme. Pour Éric Pronovost, président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), cette application rétroactive aura des conséquences très lourdes. Il est persuadé que des gens, y compris des éducateurs spécialisés et des préposés aux élèves handicapés, vont « quitter le navire de l’éducation » parce qu’ils refusent ce choix.

Il dit : « Ça va être majeur! Beaucoup de postes ont été comblés sans qu’on avertisse les gens de l’interdiction rétroactive […] qui s’en venait. Clairement, il y a des services qui ne pourront pas être donnés aux enfants. » Les directions d’écoles partagent cette inquiétude. L’Association montréalaise des directions d’établissements scolaires (AMDES) a même envoyé une lettre à la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, confirmant que les embauches faites depuis mars — incluant des orthophonistes et psychoéducateurs portant des signes religieux — risquent d’entraîner de graves « bris de service ».

Réponse et adaptation inégale des centres de services scolaires

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Face à cette nouvelle réalité, les Centres de services scolaires (CSS) tentent de s’adapter, mais l’approche est, disons, à géométrie variable. La Fédération des centres de services scolaires du Québec (FCSSQ) a bien souligné l’absurdité de la situation : pendant sept mois, la loi n’était pas sanctionnée, alors comment pouvaient-ils anticiper l’interdiction et ajuster le recrutement? Ils ne pouvaient pas!

Si le CSSDM a déjà envoyé les courriels fatidiques (même si Alain Perron, responsable des relations de presse, préfère ne pas confirmer l’envoi, il admet mettre en œuvre les nouvelles dispositions), d’autres CSS en sont encore à l’étape de l’analyse. Le CSS de Laval, par exemple, analyse les « impacts » et les « ajustements » à mettre en place. Pendant ce temps, au CSS des Affluents, aucune démarche concrète n’avait été entreprise la semaine dernière faute de directives officielles. C’est un peu le chaos, personne ne sait vraiment quoi faire.

Le débat politique : l’esprit de la clause bafoué

Politiquement, la rétroactivité ne passe pas non plus. Kathleen Legault, présidente de l’AMDES, a déclaré qu’il aurait été « si simple » d’appliquer l’interdiction seulement à partir de l’adoption de la Loi, le 30 octobre. Le député solidaire Sol Zanetti est encore plus direct, dénonçant un procédé qui va « à l’encontre de l’esprit même d’une telle clause ».

Quand on met en place une clause grand-père, l’idée, c’est d’éviter de renvoyer du monde, c’est de permettre aux gens déjà engagés de continuer. Utiliser la rétroactivité, ça torpille cette intention, il trouve que « ça n’a pas de bon sens ». De son côté, le ministère de l’Éducation, par l’entremise du cabinet de la ministre Sonia LeBel, rappelle que cette période de droit acquis est la même que celle utilisée pour le projet de loi 21 (Loi sur la laïcité de l’État), affirmant que la loi a été « adoptée démocratiquement » et que les groupes ont été entendus. Ça justifie la légalité, d’accord, mais l’humanité dans tout ça?

Le coût humain et le risque pour les services

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Au final, cette application rigide et rétroactive de la nouvelle loi sur la laïcité met des travailleuses essentielles comme Naima et Farah devant un choix cornélien : leur emploi et leur promotion, ou leur foi. Laurence Guénette de la Ligue des droits et libertés le résume bien en soulignant que ces personnes voient leur mobilité professionnelle « pratiquement réduite à néant ». C’est un prix très élevé pour la laïcité.

Dans un contexte de pénurie aigüe de personnel spécialisé — éducatrices, orthophonistes, psychoéducateurs — il est clair que cette loi, dans sa mise en œuvre actuelle, risque non seulement de marginaliser des employées compétentes et dévouées, mais surtout de provoquer des bris de service importants qui affecteront directement les enfants québécois. La question n’est plus seulement politique, elle est devenue une affaire de logistique et, tristement, de conscience humaine.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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