Avortements tardifs au Canada : une infiltration anti-choix dénonce la pratique et réveille le débat légal

Avortements tardifs au Canada : une infiltration anti-choix dénonce la pratique et réveille le débat légal credit : credit : lemorning.ca (image IA)

L’onde de choc des avortements tardifs

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La semaine dernière, un « coup d’éclat » orchestré par le groupe anti-choix RightNow a secoué le milieu de la santé et les défenseurs des droits reproductifs au Canada. C’est une histoire d’infiltration, une stratégie militante plutôt agressive visant à jeter un pavé dans la mare du débat public. Mais de quoi parlons-nous exactement? Le groupe réclame tout simplement que le gouvernement légifère pour interdire les avortements tardifs.Ce qu’on appelle avortement tardif, c’est toute interruption de grossesse qui survient après 20 semaines de gestation, c’est-à-dire une fois passé le deuxième trimestre. Les expertes craignent que cette demande, bien ciblée, ne soit en réalité qu’une façon d’ouvrir la fameuse « boîte de Pandore » pour affaiblir, plus globalement, les droits des femmes dans le pays. Une alerte sérieuse, n’est-ce pas?

L’infiltration sous couverture : la méthode RightNow

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L’opération est signée par Alissa Golob, cofondatrice de RightNow, qui a mené une enquête sous couverture en 2023. Alors qu’elle était enceinte de plus de 21 semaines, elle s’est présentée dans trois cliniques – au Québec, en Colombie-Britannique et en Ontario – en prétendant vouloir un avortement tardif. Le tout a été filmé à l’insu du personnel soignant. Oui, vous avez bien lu : filmé en cachette.Son but, selon ses dires à Radio-Canada, était de « lutter contre la désinformation flagrante » qui affirmerait, d’après elle, que les avortements tardifs sont rarissimes ou n’arrivent qu’en cas d’urgence médicale. Elle a expliqué qu’elle n’avait aucun problème de santé, insistant ainsi sur l’absence de nécessité médicale pour son avortement simulé. RightNow, pour rappel, est une organisation politique pro-vie qui cherche activement à faire élire des candidats partageant leurs vues à tous les niveaux de gouvernement au Canada.

L’impact immédiat? La clinique québécoise où elle s’est rendue a dû renforcer ses mesures de sécurité, craignant des représailles. On peut comprendre la peur du personnel et des patientes face à ces tactiques d’intimidation.

La position du milieu médical : entre indignation et clarification

Ce genre de tactique, évidemment, n’est pas du tout bien reçu par les professionnels de la santé. La Dre Diane Francœur, qui dirige la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, a vivement dénoncé l’incursion de RightNow, la qualifiant clairement de manœuvre d’intimidation. Elle a d’ailleurs rappelé l’existence d’une loi québécoise de 2016 qui interdit les manifestations à moins de 50 mètres des cliniques.Sur le fond, la Dre Francœur a été très claire : au Canada, l’avortement est légal et gratuit, et ce, à n’importe quel moment de la grossesse. Il n’y a pas, légalement parlant, de date limite. « On n’a pas besoin de se justifier, on n’a pas besoin d’avoir un bébé avec des anomalies, on peut faire le choix qu’on veut », a-t-elle insisté. C’est le principe du droit fondamental.

Est-ce que des avortements tardifs, pour des raisons non médicales, se produisent? Oui, la Dre Francœur le reconnaît, mais ce sont des exceptions extrêmes. La Coalition pour le droit à l’avortement au Canada indique qu’en 2020, seulement 1,29 % des avortements avaient lieu à 21 semaines ou plus. Ces cas, lorsqu’ils ne sont pas liés à la santé ou à des malformations fœtales graves, touchent souvent des personnes en situation de grande détresse sociale : jeunes adolescentes, victimes de violence, ou celles qui vivent un déni de grossesse et qui repoussent les démarches. C’est la réalité derrière ces chiffres, une réalité humaine et souvent désespérée.

L’État de droit contre l’opinion publique

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Mme Golob argumente que « la majorité des Canadiens sont contre l’avortement tardif » (se basant sur un sondage de 2020) et que les politiques publiques devraient donc suivre l’opinion générale. Mais est-ce vraiment comme ça que ça marche?Me Lucie Lamarche, avocate et professeure à l’UQAM, a une réponse nette à cette question, et elle est d’ordre juridique, pas émotionnel. Elle rappelle que l’État de droit ne peut pas être subordonné aux « sondages, aux humeurs et aux opinions ». C’est une distinction cruciale. Au Canada, le droit à l’avortement n’est pas une faveur, mais une liberté garantie par la Charte canadienne des droits et libertés, et ce, depuis la décision historique de la Cour suprême en 1988, menée par le Dr Henry Morgentaler. C’est un pilier de notre système.

La stratégie de contamination et le danger de recul

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Même si nous avons l’une des meilleures protections légales au monde en matière d’avortement, la vigilance est de mise. Me Lamarche insiste sur le fait que ce droit ne doit pas être tenu pour acquis, surtout dans le contexte actuel, que l’on pourrait qualifier d’atmosphère un peu « néoconservatrice ».Selon elle, les campagnes comme celle de RightNow sont une « stratégie de contamination » du débat public, une tentative progressive de régression des droits des femmes. L’idée, ce serait de commencer par s’attaquer aux avortements tardifs pour ensuite élargir la limitation à toute la pratique. C’est une pente glissante, un risque que beaucoup craignent, surtout en voyant ce qui se passe chez nos voisins du Sud.

Le gouvernement québécois reste ferme

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Face à la polémique suscitée par l’infiltration de RightNow, Radio-Canada a contacté le cabinet de la ministre québécoise responsable de la Condition féminine, Martine Biron, pour connaître leur position.La réponse fut sans équivoque, ce qui, franchement, est rassurant : le gouvernement n’a « pas l’intention de se pencher sur le dossier des avortements tardifs ». Leur déclaration a martelé l’essentiel : l’avortement est un soin de santé, point final. Aucune intention d’introduire de limites ou de conditions d’accès n’est à l’étude. Pourquoi? Parce que, comme on l’a vu ailleurs, restreindre l’accès en fonction de l’âge gestationnel ne fait qu’obliger les femmes à prendre des risques énormes pour leur santé, voire pour leur vie. On ne veut surtout pas de ça.

Le droit au choix, un rempart essentiel

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Le débat provoqué par RightNow nous rappelle brutalement que, même si le droit à l’avortement est décriminalisé au Canada depuis des décennies, il n’est jamais tout à fait acquis. L’infiltration des cliniques visait clairement à soulever l’indignation publique pour forcer un changement législatif ciblant les avortements après 20 semaines. Or, les experts du milieu médical rappellent que ces cas sont d’une rareté extrême (1,29 % en 2020) et souvent liés à des situations sociales dramatiques.En fin de compte, la position du Québec reste claire et inébranlable : le droit à l’avortement est un soin de santé essentiel et ne fera l’objet d’aucune restriction. Mais, comme le souligne l’avocate Lucie Lamarche, ces tentatives de « contamination » du débat exigent de rester constamment vigilants pour protéger les droits reproductifs de toutes les femmes canadiennes.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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