Une bouée de sauvetage canadienne pour le climat : transformer l’eau en éponge à CO2 en Nouvelle-Écosse
Adam David - 2025-11-23 10:01
credit : lemorning.ca (image IA)
L’idée simple qui pourrait changer l’océan

L’océanographe chimiste Will Burt, qui est impliqué dans la jeune pousse Planetary Technologies, a eu cette idée que lui-même trouve étonnamment simple. Injecter une certaine poudre minérale, qui est alcaline, dans les eaux usées industrielles juste avant qu’elles n’atteignent la mer. L’objectif ? Changer la chimie de l’eau, ni plus ni moins, pour qu’elle devienne une véritable « éponge » capable de neutraliser le dioxyde de carbone accumulé.
Bien sûr, l’océan absorbe déjà énormément de CO2, c’est ce qui nous a, malheureusement, permis de tenir jusqu’ici. Mais ce processus cause une acidification inquiétante, menaçant tout l’écosystème marin. C’est là que l’ingéniosité de ces Canadiens entre en jeu. C’est quand même une belle histoire de science locale, vous ne trouvez pas?
La magie de l’hydroxyde de magnésium dans le port

Quand on ajoute cette poudre à l’eau de mer, elle neutralise le CO2 qui y est déjà dissous, explique Will Burt. Conséquence directe : le pH de l’eau augmente. Ce changement chimique est crucial, car il force le CO2 à se transformer en bicarbonate. Ce bicarbonate, c’est une molécule non toxique et surtout très stable. On pourrait dire qu’elle se dissout comme du sucre dans votre café, pour reprendre l’image qu’utilise Will Burt. Grâce à cette transformation, l’eau se libère de son CO2, et cela crée en retour un « effet d’aspiration » qui permet à l’océan de capter beaucoup plus de gaz à effet de serre directement dans l’atmosphère. Une boucle vertueuse, en théorie, qui mérite d’être observée de très près.
L’approche des rivières : le retour du saumon grâce au calcaire

C’est une vieille pratique, en fait. Depuis les années 1970, on ajoute des minéraux alcalins dans les rivières de Norvège, de Suède et, bien sûr, de Nouvelle-Écosse pour lutter contre les pluies acides. C’était un fléau qui avait littéralement décimé les populations de saumons. Eddie Halfyard, qui se décrit comme un pêcheur avant d’être un scientifique, a pu constater cette dégradation personnellement.
En ajoutant le calcaire (un autre minéral alcalin), la rivière augmente son pH, transformant elle aussi le CO2 en bicarbonate stable. Et l’effet, semble-t-il, est visible! Un résident de Sheet Harbour, Donald Rutledge, a vu la population de saumons revenir après l’installation d’un doseur. Il est convaincu
que c’est grâce au calcaire
. C’est ça l’acceptation locale, j’imagine, quand les gens voient le résultat dans leur cour.
La vérification scientifique et l’enjeu de la transparence

Dariia Atamanchuk, océanographe chimiste impliquée dans ce suivi depuis deux ans, se veut rassurante. Elle observe bien des signes encourageants : l’alcalinité et les carbonates augmentent dans l’eau du port, ce qui confirme que la chimie change comme prévu. Mais ce qui est le plus apaisant, c’est qu’elle souligne que l’ajout de minéraux alcalins n’est qu’une « imitation d’un processus naturel », celui de l’altération des roches qui se dissolvent dans la mer. Elle ne fait qu’accélérer la nature, semble-t-il.
Il faut d’ailleurs noter la différence d’approche. Alors qu’à Cornwall, en Angleterre, la pression publique a forcé l’arrêt des opérations de Planetary Technologies, à Halifax, on mise sur la confiance. Le port industriel, dit Dariia Atamanchuk, est un site idéal pour les essais, car il n’est pas une aire marine vierge. Et puis, surtout, tout le monde peut voir ce qui se passe
. C’est la transparence qui fait toute la différence.
L’urgence de passer à l’action et le financement des géants
tellement déprimants, disait-elle, face au manque de progrès mondial. Elle a choisi de s’attaquer au problème directement. Quand la théorie vous déprime, il est temps de passer à la pratique, non?
Pour que ces entreprises fonctionnent, il faut de l’argent, bien sûr. Elles comptent sur la vente de crédits carbone à de très grandes entreprises pour compenser leurs propres émissions. Le fonds Frontier, qui comprend des poids lourds comme Google, Shopify et H&M, s’est déjà engagé à investir massivement : 31 millions de dollars pour Planetary Technologies et 25 millions pour Carbon Run. C’est énorme. C’est le genre de soutien qui prouve, je suppose, que le secteur privé croit au potentiel de ces solutions.
Le ramassage d’ordures de l’atmosphère : une partie seulement de la solution
Shannon Sterling insiste : il faut absolument, et je dis bien absolument, réduire les émissions à la source. Ces nouvelles technologies ne peuvent servir qu’à nettoyer la pollution qui est déjà là. Will Burt est encore plus précis sur la répartition du travail. Selon lui, la réduction des émissions représente 90 % de la lutte contre le changement climatique, tandis que la capture de carbone, ce qu’ils font, ne représente que les 10 % restants. C’est une proportion qui nous remet à notre place, hein?
Il compare ça au ramassage d’ordures. On peut bien réduire nos déchets, mais tant qu’il y en a partout, il faut quand même passer ramasser ce qui s’est accumulé. C’est logique. On ne peut pas juste nettoyer sans fermer le robinet en premier lieu.
Agir maintenant, malgré les risques

Il le dit lui-même : toutes les solutions comportent un risque. Mais le risque de ne pas agir du tout, selon lui, est largement supérieur. Cette innovation canadienne, qui utilise les eaux et les rivières comme des éponges géantes grâce à des minéraux alcalins, représente un signal fort d’espoir et de pragmatisme face à la crise climatique. Il faut réduire drastiquement, oui, mais il faut aussi nettoyer l’air et l’eau de la pollution passée. Le reportage complet sur ces avancées sera d’ailleurs diffusé bientôt à l’émission Découverte sur ICI TÉLÉ. Ça vaut le coup d’œil!
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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