La scène politique québécoise a été secouée par une véritable tempête ce samedi. Le député de Rosemont, Vincent Marissal, a quitté le caucus de Québec solidaire (QS) pour siéger comme indépendant, mais cette manœuvre, disons-le, était déjà largement envenimée. Juste avant son annonce, le caucus solidaire, réuni en urgence, a voté à l’unanimité pour son expulsion. Pourquoi tant de drame? Parce qu’il y avait des discussions bien avancées avec le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon.Chez QS, l’émotion est vive. La co-porte-parole Ruba Ghazal a exprimé ce que plusieurs ressentent : « C’est comme se faire tromper par son conjoint, c’est horrible. » On parle carrément d’un « grand sentiment de trahison » et d’un « bris de confiance total ». Une affaire bien humaine, finalement, mais jouée sur la scène de l’Assemblée nationale.
Le choc et les excuses du leadership solidaire
credit : lemorning.ca (image IA)La direction de Québec solidaire a dû rapidement monter au front. Ruba Ghazal, visiblement ébranlée, a insisté sur l’ouverture qu’elle avait toujours offerte : « Ma porte a toujours été grande ouverte pour tout le monde. Je ne comprends pas pourquoi il a pris le téléphone pour parler à un autre chef politique plutôt que de me parler à moi. » C’est une accusation sérieuse de manque de loyauté.De son côté, le nouveau porte-parole masculin, Sol Zanetti, a tenu à s’excuser auprès des électeurs de Rosemont. Il a rappelé que les citoyens avaient fait confiance au candidat solidaire, à deux reprises depuis 2018. Changer d’idée politiquement, c’est une chose, dit Zanetti, mais la manière adoptée par M. Marissal n’est « ni respectueuse ni éthique ». C’est l’unanimité du vote d’expulsion qui illustre bien la profondeur du malaise au sein du caucus.
Marissal : «Plus capable d’endurer cette gang»
Vincent Marissal n’a pas tardé à répliquer et, fidèlement à son style d’ancien chroniqueur, il n’a pas mâché ses mots. Sa phrase choc? « Je ne suis plus capable d’endurer cette gang ». Il avoue avoir eu l’impression d’étouffer, de se sentir comme menotté dans un parti qui, selon lui, se radicalise et qui est trop dominé par sa base militante, au détriment de la rationalité.Il dit aspirer à autre chose qu’à « l’opposition éternelle ». Marissal, qui se positionne comme un homme de centre gauche, souhaiterait un virage plus pragmatique pour que QS puisse réellement devenir un parti de gouvernement. C’est un débat fondamental chez les solidaires depuis longtemps, mais là, ça explose au grand jour. Il a affirmé siéger comme indépendant pour le moment, même s’il confirme avoir approché Paul St-Pierre Plamondon pour 2026.
L’affaire Bouazzi et le débat sur la grève de la STM : les déclencheurs
credit : lemorning.ca (image IA)
Pour M. Marissal, ce n’est pas qu’un seul événement, mais plutôt une accumulation de frustrations. Il a notamment cité l’affaire Haroun Bouazzi de novembre 2024, où un député solidaire avait tenu des propos controversés sur la « construction de cet autre dont la culture serait dangereuse ». Marissal a ressenti un profond malaise lorsque de telles positions ont semblé être défendues.
Mais la goutte qui a fait déborder le vase, selon lui, fut la grève à la Société de transport de Montréal (STM). M. Marissal estime que QS s’est rangé du « mauvais côté de l’histoire » en adoptant une position trop strictement syndicaliste, complètement déconnectée des citoyens qui subissaient l’absence de transport en commun. QS avait d’ailleurs voté contre le projet de loi 8 de la CAQ qui visait à mettre fin aux moyens de pression des employés de la STM. C’est la preuve, dit-il, que le parti est incapable de faire preuve d’un peu plus de rationalité.
Attaques personnelles contre PSPP et la défense de Ghazal
credit : lemorning.ca (image IA)Un autre point de friction majeur pour Marissal réside dans la stratégie d’attaque personnelle menée par QS contre le chef du PQ. Il a confié aux journalistes que les « attaques personnelles sur la personne de PSPP ne me mettent pas seulement mal à l’aise mais me mettent [aussi] en colère ». Il faut dire que les deux hommes se connaissent bien, ils ont même travaillé ensemble à l’époque de Bazzo.tv, et Marissal lui porte un certain respect. Il souligne qu’il a d’ailleurs été le seul député solidaire à s’excuser auprès de M. St-Pierre Plamondon pour ces attaques.Face à ces critiques acerbes sur la ligne du parti, Ruba Ghazal a défendu fermement son leadership et la direction de QS, rappelant que les militants ont voté « à une écrasante majorité » au dernier congrès pour la nouvelle orientation. Elle affirme se sentir « plus prête que jamais » à représenter le « seul parti de gauche au Québec ».
Comment le pot aux roses a été découvert
credit : lemorning.ca (image IA)M. Marissal avait, semble-t-il, planifié une annonce en bonne et due forme mercredi prochain, question de faire les choses dans « l’ordre ». Mais le destin, ou plutôt une ex-employée de QS, en a décidé autrement. Un appel de Ruba Ghazal tôt samedi matin, suite à la fuite d’informations, a tout fait « débouler ».Il a reconnu avoir tenté de recruter une nouvelle équipe pour son futur cabinet de député indépendant, et c’est en approchant cette ex-employée qu’il a été « scoopé ». Le transfert au PQ, selon des sources solidaires, était déjà « pratiquement scellé »; M. St-Pierre Plamondon aurait même rencontré le député deux fois à son domicile. Le seul regret de Vincent Marissal? « C’est de ne pas l’avoir dit avant. » Ça, ça dit tout, je crois.
La position mesurée de Paul St-Pierre Plamondon
credit : lemorning.ca (image IA)Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a commenté la situation sur X (l’ancien Twitter) avec une prudence calculée. Il a confirmé que Vincent Marissal l’avait approché, invoquant son « inconfort de plus en plus intolérable » au sein d’une formation qu’il juge en pleine radicalisation.Le PQ n’a rien à annoncer officiellement pour l’instant concernant une candidature en 2026. Cependant, M. St-Pierre Plamondon n’a pas hésité à vanter les mérites de l’élu de Rosemont, le décrivant comme un « député indépendantiste très compétent, à son affaire et efficace à l’Assemblée nationale ». Il a également insisté sur la collaboration qu’ils ont eue sur des dossiers importants, comme l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. C’est clair qu’il ouvre la porte, mais il ne force rien, une tactique politique bien jouée.
Les conséquences politiques d’un choix déchirant
Vincent Marissal, qui a gagné la circonscription de Rosemont sous la bannière de QS en 2018 (battant Jean-François Lisée du PQ) puis a été réélu en 2022, doit maintenant convaincre ses électeurs de la légitimité de sa démarche. Il siégera comme indépendant, mais tout indique que son cœur le pousse vers le PQ, un parti qui semble actuellement offrir la ‘rationalité’ et le ‘pragmatisme’ qu’il recherche.
Sa défense est simple : il aurait été hypocrite de rester dans un parti où il « souffrait ». Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’ancien chroniqueur est accusé de courir plusieurs lièvres à la fois, une ombre qui planait déjà lors de sa candidature en 2018. Reste à voir si ce « transfuge » – ou cette « trahison », selon le point de vue – aura un impact durable sur l’équilibre des forces souverainistes d’ici les élections de 2026. L’onde de choc, elle, est bien réelle.