Alberta : pourquoi Danielle Smith sort la clause nonobstant pour verrouiller ses lois sur les jeunes trans

Alberta : pourquoi Danielle Smith sort la clause nonobstant pour verrouiller ses lois sur les jeunes trans credit : lemorning.ca (image IA)

Le recours inattendu à la disposition de dérogation

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La nouvelle est tombée comme un pavé dans la mare politique : le gouvernement de l’Alberta, dirigé par Danielle Smith, a décidé d’employer l’artillerie lourde pour faire passer ses lois touchant les jeunes transgenres. Qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? Qu’elle invoque la fameuse disposition de dérogation, aussi appelée clause nonobstant.

Pour ceux qui, comme moi, trouvent que la politique constitutionnelle est parfois un peu compliquée, il faut retenir ceci : ce mécanisme permet de contourner les droits et libertés fondamentaux. Utiliser cet outil n’est jamais une décision anodine, on s’entend. D’ailleurs, Mme Smith l’a elle-même assuré : ce n’est pas pris à la légère. C’est la deuxième fois en moins d’un mois que l’Alberta utilise cette clause, après l’avoir brandie pour mettre fin à la grève des enseignants. On sent une urgence, ou peut-être une forte volonté politique.

Les trois lois qui font débat en alberta

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De quels textes parlons-nous exactement ? Ce sont trois lois très sensibles adoptées il y a un an, et le Projet de loi 9 vise à y ajouter cette dérogation pour les rendre inattaquables.

Les voici, résumées simplement :

  • Les soins de santé : Il s’agit d’interdire aux médecins de fournir des soins d’affirmation de genre aux jeunes de moins de 16 ans. C’est un point très litigieux.
  • L’école et les pronoms : On impose aux écoles d’avertir les parents si leur enfant souhaite utiliser un nouveau nom ou de nouveaux pronoms en classe.
  • Le sport féminin : On veut exclure les femmes trans des catégories sportives féminines.

Danielle Smith dit que l’objectif est de garantir que les lois protègent la santé et l’éducation des enfants et que les parents sont « pleinement impliqués » dans ces décisions. C’est un argumentaire très centré sur l’autorité parentale face à l’autonomie du jeune.

Un « joker constitutionnel » contre les droits

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Mais revenons à ce fameux mécanisme. La disposition de dérogation est un article de la Constitution canadienne qui permet à un gouvernement provincial ou fédéral de suspendre temporairement (pour cinq ans, renouvelables) certains droits et libertés fondamentaux protégés par la Charte canadienne des droits et libertés.

C’est un outil très puissant. En l’invoquant ici, le gouvernement Smith ne fait pas que contourner la Charte canadienne ; il met aussi indéfiniment en veilleuse les protections offertes par la Déclaration des droits de l’Alberta et, attention, la Loi sur les droits de la personne de l’Alberta. En gros, il met le couvercle sur toute possibilité de contestation locale ou fédérale.

Éviter à tout prix le jugement des tribunaux

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On se demande pourquoi faire ça maintenant, avec une telle urgence. La réponse est simple : pour court-circuiter la justice. Il y a trois recours judiciaires en cours qui visent justement à invalider ces lois provinciales, et certains donnaient déjà du fil à retordre au gouvernement.

Par exemple, concernant l’interdiction des soins de genre pour les moins de 16 ans, une juge avait déjà accordé une injonction suspendant l’application de la loi en juin ! Le gouvernement était en appel. De plus, l’Association médicale canadienne conteste la loi, estimant qu’elle touche à l’indépendance professionnelle des médecins. En agissant ainsi, l’Alberta espère mettre fin immédiatement à toutes ces procédures, comme si la disposition de dérogation était un point final.

Mais, c’est curieux, une loi similaire en Saskatchewan, où la DD a été invoquée, fait toujours l’objet d’un recours qui se dirige vers la Cour suprême. Donc, ce n’est peut-être pas une garantie absolue de victoire, après tout.

Smith accuse la Cour suprême de manque de responsabilité

Ce qui est peut-être le plus révélateur de la tension actuelle, ce sont les propos de la Première ministre à l’égard des juges. Lors de la conférence de presse, Mme Smith s’en est prise directement à la Cour suprême, l’accusant de ne pas refléter les valeurs des Albertains ou des Canadiens. C’est quand même assez audacieux de critiquer l’autorité judiciaire de la sorte.

Elle a même lancé un avertissement : « Si les tribunaux se comportent de manière irresponsable, alors ils devraient s’attendre à ce que les législatures répondent. » Cette approche met en lumière une lutte d’autorité entre le pouvoir législatif (les élus) et le pouvoir judiciaire (les juges). Ironiquement, cette décision survient juste au moment où le Québec, avec le soutien de l’Alberta, défendra son propre usage de la DD (dans le dossier de la Loi sur la laïcité) devant cette même Cour suprême. Les liens entre les provinces sont forts sur ce point précis.

Le signal envoyé et l’adoption imminente

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Le Projet de loi 9 devrait être adopté rapidement, probablement d’ici la fin de la session législative d’automne, prévue pour le 27 novembre. Le message est clair : le gouvernement Smith est prêt à utiliser tous les outils constitutionnels à sa disposition, même les plus controversés, pour s’assurer que sa législation sociétale demeure en place, peu importe les contestations.

En utilisant la disposition de dérogation pour la deuxième fois en si peu de temps, et sur un sujet aussi chargé émotionnellement, l’Alberta établit un précédent. Cette démarche confirme que la première ministre priorise l’application immédiate de ses lois sur la protection des droits et libertés tel que stipulé par la Charte. Ce sera, sans aucun doute, un point déterminant qui marquera la politique albertaine pour les années à venir.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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