L’inégalité des salaires persiste chez les médecins canadiens
credit : lemorning.ca (image IA)Imaginez deux médecins. Ils font exactement le même travail, dans la même spécialité, disons la médecine familiale, au Canada. Logiquement, ils devraient toucher la même rémunération, n’est-ce pas? Après tout, les tarifs sont censés être standardisés. Eh bien, la réalité est plus complexe, et franchement, un peu frustrante. Une nouvelle étude publiée dans le Canadian Medical Association Journal (CMAJ) vient de mettre le doigt sur un facteur inattendu expliquant pourquoi les femmes, les médecins racisés et ceux issus de l’immigration gagnent souvent moins : la façon dont ils répondent aux attentes de leurs patients.Ce n’est pas qu’ils travaillent moins. C’est la nature de leur travail qui est différente. Et c’est là que le bât blesse, surtout quand il s’agit d’argent.
Même ajusté, l’écart de paie demeure un mystère
credit : lemorning.ca (image IA)Les chercheurs de l’Université McMaster, en Ontario, étaient bien décidés à comprendre ces différences persistantes. Le professeur Meredith Vanstone explique que ces disparités, liées au genre, à l’origine ou au statut d’immigration, existent toujours, même après avoir ajusté pour le nombre d’heures travaillées. Ce n’est pas une question de paresse, loin de là. C’est vraiment un problème systémique.Pour y voir plus clair, ils ont mené une étude qualitative. Qu’est-ce que ça veut dire? Ils ont interviewé 55 médecins de famille en Ontario pour recueillir leurs expériences et leurs ressentis. Ils voulaient comprendre ce qui se passait concrètement dans le bureau de consultation.
Les attentes des patients changent selon l’identité du médecin
credit : lemorning.ca (image IA)La découverte centrale est plutôt étonnante. Les médecins interrogés ont confié que les attentes qu’ils perçoivent de la part des patients varient énormément, non seulement selon l’identité du patient, mais aussi selon leur propre identité (leur genre, leur origine, etc.). « Nos données montrent que la réponse des médecins aux attentes qu’ils perçoivent des patients pourrait contribuer à ces écarts salariaux », affirme la Dre Vanstone.C’est une drôle de pression, non? On se retrouve à devoir adapter non pas seulement sa pratique clinique, mais peut-être même son comportement, en fonction de qui l’on est et de qui l’on a en face. Personne n’aurait pensé que l’identité jouait un tel rôle dans la facturation finale.
S’adapter aux attentes coûte du temps, et donc de l’argent
credit : lemorning.ca (image IA)Dre Monika Dutt, candidate au doctorat à McMaster et elle-même médecin de famille, précise bien comment cela se traduit. Les médecins « répondent » à ces attentes perçues en ajustant leur pratique. Cela inclut la manière dont ils interagissent, la longueur du rendez-vous, et même les services qu’ils choisissent de fournir. Ce sont des décisions prises au quotidien, dans l’instant, mais qui ont une conséquence directe sur le revenu.Pour le dire simplement : si un patient semble attendre une écoute très attentive ou des explications très détaillées – et si le médecin sent qu’il doit fournir cela pour satisfaire le patient – le rendez-vous dure plus longtemps. Et dans un système où le volume est roi, le temps, c’est de l’argent perdu.
Le piège du volume pour les femmes médecins
credit : lemorning.ca (image IA)C’est particulièrement vrai pour les femmes médecins, apparemment. On sait qu’elles sont de plus en plus nombreuses dans la profession, tout comme les diplômés internationaux. Or, les auteurs soulignent que « le fait de fournir des interactions patientes plus longues et plus complètes limite le nombre de rendez-vous ou de services que les médecins peuvent offrir ».Si vous passez vingt minutes avec un patient alors que le standard est quinze, vous voyez quatre patients de moins dans la journée. Sous un modèle de rémunération qui dépend du nombre de patients vus ou de la taille de votre liste (modèles basés sur le volume), cela crée immédiatement un désavantage financier. Les femmes, souvent associées à une approche plus complète et axée sur l’écoute, se retrouvent donc pénalisées par le système.
Des solutions concrètes pour réformer la facturation
credit : lemorning.ca (image IA)Alors, que faire? Le but n’est évidemment pas de dire aux médecins d’être moins attentifs. Dre Vanstone insiste : il est bon que les médecins répondent aux attentes, car cela donne des patients satisfaits et dont les besoins sont bien pris en charge. Le problème, c’est le modèle de compensation, pas le médecin.Les chercheurs suggèrent deux pistes importantes pour corriger ces injustices. Premièrement, il faudrait que les modèles de compensation ajustent la paie pour tenir compte du temps supplémentaire requis pour certains types de soins plus complexes. Deuxièmement, il faut absolument examiner la grille tarifaire pour s’assurer que les services spécifiquement associés à l’anatomie féminine (comme les examens pelviens ou l’insertion de stérilets) ne sont pas sous-payés par rapport à d’autres actes.
Un appel à la planification de la main-d’œuvre médicale
credit : lemorning.ca (image IA)C’est une révélation qui devrait nous faire réfléchir sérieusement à la façon dont nous rémunérons nos professionnels de la santé. On voit bien que le système actuel, basé sur le volume, favorise une approche rapide au détriment du soin complet et nuancé. Il est essentiel de reconnaître et de valoriser le travail d’écoute et de prise en charge globale que certains médecins, souvent des femmes ou des minorités, fournissent plus régulièrement.Les auteurs concluent que ces découvertes sont cruciales pour la planification de la main-d’œuvre médicale. Si nous voulons une équipe de soins qui soit efficace et qui tienne compte des diverses origines et compétences des médecins, il faut que le système financier cesse de punir l’attention. L’équité salariale, c’est aussi un gage de meilleurs résultats pour tous les patients, et ça, c’est l’objectif premier, n’est-ce pas?