Ruban blanc : PolySeSouvient dénonce l’« hypocrisie » du gouvernement Carney face au contrôle des armes à feu

Ruban blanc : PolySeSouvient dénonce l’« hypocrisie » du gouvernement Carney face au contrôle des armes à feu credit : lemorning.ca (image IA)

Un silence assourdissant avant la commémoration

Chaque année, à l’approche du 6 décembre, la douleur et le souvenir de la tragédie de Polytechnique remontent à la surface. Mais cette fois, le deuil s’accompagne d’une colère franche, même si le temps passe. Le groupe PolySeSouvient, formé après la tuerie qui a coûté la vie à 14 femmes en 1989, monte au créneau contre le gouvernement fédéral. Pourquoi ? Parce qu’ils estiment que le Premier Ministre Mark Carney se traîne les pieds en matière de contrôle des armes à feu.La coordonnatrice du groupe, Heidi Rathjen, ne mâche pas ses mots : si Carney et les siens n’ont pas honoré leurs engagements d’ici la date fatidique, ils ne sont tout simplement pas les bienvenus aux cérémonies de commémoration. Elle va même plus loin. Porter le fameux ruban blanc, symbole des victimes de féminicides, serait « hypocrite, voire malhonnête » de leur part. Une accusation terrible, mais justifiée, semble-t-il, par une « indifférence totale » ou, du moins, une négligence flagrante du dossier.

Le cas de la carabine SKS : la lenteur exaspérante

Deux ans après le vote du projet de loi C-21 sur le contrôle des armes, les militants ressentent une profonde lassitude. Ce n’est pas rien. On nous promet des changements, et puis l’action, elle, tarde. C’est particulièrement vrai concernant l’épineux dossier de la carabine SKS. Il s’agit d’une arme semi-automatique d’origine soviétique, et PolySeSouvient exige son interdiction complète et son inclusion dans le programme de rachat.Le gouvernement Carney, un peu comme son prédécesseur avant lui, refuse d’inclure la SKS dans la liste des armes que les propriétaires doivent rendre en échange d’une compensation financière. L’excuse officielle, je suppose, c’est que cette carabine est encore utilisée pour la chasse dans les communautés autochtones. Mais franchement, pour Heidi Rathjen, c’est un argument qui ne tient pas la route. « On parle d’armes d’assaut qui sont conçues pour tuer des humains rapidement et efficacement. On ne parle pas d’armes de chasse. » Il reste largement assez d’alternatives pour les chasseurs légitimes, soit environ 20 000 modèles d’armes à feu pour la chasse et le tir sportif, précise-t-elle.

Des promesses non tenues et des chiffres macabres

La frustration n’est pas seulement théorique ; elle se compte en vies humaines. Mme Rathjen évoque les dernières données de l’Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation (OCFJR). Ces chiffres, malheureusement, sont éloquents : 11 femmes ont été assassinées par leur conjoint à l’aide d’une arme à feu entre décembre 2023 et novembre 2025. C’est-à-dire depuis l’adoption de cette fameuse loi C-21.Devant une telle réalité, on comprend pourquoi elle se permet d’utiliser de « gros mots ». Le Premier Ministre Mark Carney, il faut le rappeler, avait pourtant promis explicitement de ne pas reproduire les retards accumulés sous l’administration précédente. Mais on dirait qu’on est reparti pour un tour !

36 ans de combat : l’amour d’un frère pour sa sœur

Serge St-Arneault est de ceux qui n’ont jamais lâché. Sa sœur, Annie St-Arneault, n’avait que 23 ans lorsqu’elle a été abattue alors qu’elle étudiait en génie mécanique à Polytechnique. Trente-six ans après, Serge est toujours là, toujours combatif. « Ça fait 36 ans qu’on se bat pour cette interdiction des armes à feu de type militaire, et on doit encore se battre 36 ans plus tard », dit-il, avec une lassitude palpable mais une détermination inébranlable.Pour lui, ce combat est bien plus qu’une simple cause politique ; il le considère comme une preuve tangible de l’amour qu’il portait à Annie. Une pensée profondément émouvante. Cette année, Serge St-Arneault ne veut voir personne du gouvernement Carney. Il n’a « vraiment pas l’intention ni le goût de m’approcher d’aucun ministre ou même du premier ministre » lors des commémorations. C’est un rejet clair, net, et qui doit servir d’avertissement.

Un projet pilote terminé, une occasion à saisir

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Où en est concrètement le fameux programme de rachat d’armes prohibées ? Le ministère de la Sécurité publique a bien lancé un projet pilote cet automne, en Nouvelle-Écosse, pour tester la logistique. Le but était de permettre aux propriétaires d’armes de style militaire de s’en débarrasser, contre une compensation financière, bien sûr. C’est un pas, mais il est jugé trop timide. Environ 2 500 modèles et marques sont interdits au Canada, mais le cœur du problème — la SKS — reste dehors.Le projet pilote est maintenant terminé. Au cabinet du ministre de la Sécurité publique, on espère déployer ce programme à l’échelle du pays d’ici Noël. Mais avant cela, ils n’écartent pas la possibilité d’y apporter des « ajustements ». Et ça, pour les militants, c’est une véritable occasion à saisir. Serge St-Arneault le rappelle avec force : « On a perdu beaucoup de batailles, mais on est toujours combatifs et notre objectif, c’est de gagner la guerre contre la guerre, parce que ce sont des armes de guerre. »

Une survivante au caucus : un espoir fragile

Malgré toutes ces récriminations et cette déception face à la lenteur gouvernementale, PolySeSouvient n’est pas sans alliés à l’intérieur même du caucus libéral. Depuis les dernières élections, ils peuvent compter sur Nathalie Provost. Elle-même survivante de la tuerie, elle a choisi de continuer son militantisme en entrant de plain-pied dans l’arène politique, se faisant élire députée dans la circonscription de Châteauguay–Les Jardins-de-Napierville.Sa motivation, elle l’avait très bien exprimée pendant la campagne. Elle craignait de voir les conservateurs de Pierre Poilievre prendre le pouvoir et réduire à néant les maigres progrès réalisés sur le contrôle des armes. Un danger que tout le monde prend au sérieux. Heidi Rathjen résume bien l’espoir qu’ils placent en elle : « On espère qu’elle va gagner contre les opposants. » C’est une bataille menée sur deux fronts : l’extérieur et l’intérieur du gouvernement.

L’urgence d’agir pour le 6 décembre

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La commémoration de Polytechnique, ce n’est pas seulement se souvenir des 14 victimes ; c’est aussi un moment de pression intense pour l’action politique. Les paroles de PolySeSouvient, menaçant de refuser la présence du Premier Ministre et de son caucus, résonnent fort. Elles rappellent que l’inaction face à l’interdiction d’armes comme la SKS, malgré les promesses, est perçue comme un manque de respect criant.Le gouvernement a une fenêtre de tir, si vous me permettez l’expression, pour ajuster son programme de rachat avant Noël. Il doit saisir cette occasion pour démontrer une réelle volonté politique, pas seulement des paroles. Car comme le souligne Serge St-Arneault, le combat continue. Et la guerre contre les armes de guerre est loin d’être gagnée.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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