Un raz-de-marée de 30 000 messages traversant la frontière
credit : lemorning.ca (image IA)Imaginez un instant : recevoir 30 000 lettres ou messages dans votre boîte de réception, tous réclamant la même chose. C’est exactement la pression que subit actuellement le gouvernement de la Colombie-Britannique, et ça vient de l’autre côté de la frontière. Ce n’est pas rien, 30 000 ! C’est un signal fort, franchement inattendu, surtout qu’il est orchestré par une organisation autochtone de l’Alaska, la Commission transfrontalière autochtone du sud-est de l’Alaska (SEITC).Cette mobilisation massive demande ni plus ni moins que la suspension immédiate de l’octroi de permis pour les gigantesques projets miniers prévus dans la région. Pourquoi un tel émoi? Parce qu’ils estiment qu’au moins huit mines, qu’elles soient en projet ou déjà en activité, menacent directement les bassins hydrographiques essentiels qui traversent le Canada vers l’Alaska.
Ce qui rend l’affaire encore plus médiatisée – et peut-être plus sérieuse aux yeux du grand public – c’est que la SEITC bénéficie du soutien de poids de deux organismes environnementaux majeurs, dont Re:wild, fondé par l’acteur Leonardo DiCaprio. Quand Hollywood s’en mêle, on sait que ça va faire du bruit, n’est-ce pas?
Au cœur du conflit : La menace sur le saumon et les rivières sacrées
credit : lemorning.ca (image IA)Les zones qui inquiètent l’industrie minière se trouvent à la source des rivières Taku, Stikine et Unuk, toutes situées dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique. Pour les communautés autochtones d’Alaska situées en aval, ces rivières sont une question de survie, de culture, bref, d’identité. Le fleuve Stikine, par exemple, est souvent décrit comme l’un des derniers refuges du saumon sauvage au monde.La SEITC rappelle une chose simple, mais fondamentale : la Colombie-Britannique doit respecter la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA). Cela implique d’obtenir un consentement libre, préalable et éclairé, ce fameux CLPE, auprès de toutes les nations autochtones potentiellement touchées. Selon Lee Wagner, directrice exécutive adjointe de la SEITC, il s’agit de la reconnaissance de leurs droits inhérents sur le territoire qu’ils gèrent depuis des millénaires.
L’obsession Eskay Creek : Le fantôme d’une ancienne mine
credit : lemorning.ca (image IA)Parmi tous les projets, c’est surtout la mine d’Eskay Creek qui cristallise les peurs et les tensions. Cette installation, située près de la ville canadienne de Stewart, juste à la frontière, souhaite reprendre l’exploitation d’or et d’argent. Les 30 000 messages mentionnent d’ailleurs cette mine en particulier.Pourquoi tant de méfiance envers Eskay Creek? Simplement parce qu’il y a un précédent qui a laissé des cicatrices profondes. Guy Archibald, le directeur exécutif de la SEITC, a rappelé lors d’une entrevue un fait troublant : la population d’eulachons – ce petit poisson surnommé le « poisson sauveur » car il arrive le premier au printemps – avait chuté radicalement lors de la première phase d’exploitation de la mine. Et, miracle, elle a recommencé à croître après la fermeture. Difficile d’ignorer ça, avouons-le. Il est impératif pour eux de protéger leur droit à un environnement propre et à la souveraineté alimentaire.
Un dialogue coupé par la frontière : Amont contre aval
credit : lemorning.ca (image IA)La grande frustration des Autochtones d’Alaska, c’est d’être complètement mis à l’écart du processus décisionnel. Guy Archibald souligne qu’ils disposent d’une équipe très expérimentée en gestion environnementale. Pourtant, la Colombie-Britannique a choisi de ne consulter qu’une seule nation : la nation Tahltan, qui se trouve en amont de la mine d’Eskay Creek. Les Tahltans sont d’ailleurs en négociation pour une entente sur les répercussions et les avantages avec la minière Skeena Gold + Silver.Mais, et c’est là le nœud du problème, les communautés d’Alaska sont en aval. « Nous ne pensons pas qu’il soit efficace de gérer un bassin versant si on le coupe en deux par une frontière internationale arbitraire », dit M. Archibald. C’est d’une logique implacable, non? Il ajoute, avec beaucoup de justesse, que « les saumons et l’eau se fichent de cette frontière ». Le gouvernement de la C.-B. a pourtant admis que pas moins de sept tribus d’Alaska pourraient subir des impacts négatifs liés à la mine Eskay Creek. Alors, pourquoi ne pas les inclure?
L’exclusion et le manque d’écoute du gouvernement Eby
credit : lemorning.ca (image IA)Le Premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, la vice-première ministre Niki Sharma, et le ministre des Relations avec les Autochtones, Spencer Chandra Herbert, ont été interpellés directement par ces milliers de messages. C’est une démarche très personnalisée, ce qui prouve l’urgence du dossier. Mais l’écoute semble faire défaut.M. Archibald déplore ce manque de coopération. Il réclame le droit de contribuer, d’assurer la surveillance, d’améliorer la situation de ces rivières. C’est un chimiste environnemental, pas juste un militant! Il sait de quoi il parle. Je suppose que la province voit surtout les emplois que les minières font miroiter, mais dans ce cas précis, M. Archibald est clair : aucun emploi ne sera créé dans le sud-est de l’Alaska. C’est un coût environnemental sans aucun bénéfice économique direct pour eux.
Des actions en justice qui secouent les gouvernements
Il faut souligner que cette missive n’est qu’une étape dans une série d’actions juridiques. En 2020, la SEITC avait déjà déposé une plainte internationale pour violation des droits de la personne contre le gouvernement fédéral canadien. Et attention, cette démarche a porté ses fruits : la Commission interaméricaine des droits de l’homme a conclu à l’automne 2023 que les pratiques minières de la C.-B. pourraient, en effet, enfreindre les droits fondamentaux des tribus d’Alaska. C’est quand même une reconnaissance importante.De plus, l’opposition ne vient pas que d’Alaska. D’autres tribus américaines, comme les tribus confédérées de Colville dans l’État de Washington, ont aussi intenté une action en justice. La nation Lummi s’oppose également à l’expansion des terminaux de pêche traditionnels en Colombie-Britannique. On ne parle plus d’un seul problème local, mais d’une saga transfrontalière qui touche plusieurs nations.
Attente et espoir d’un mécanisme d’atténuation
credit : lemorning.ca (image IA)Au moment où l’on publie ces lignes, le gouvernement de la Colombie-Britannique n’a pas encore répondu à l’énorme missive envoyée par la SEITC la semaine dernière. Le silence est souvent lourd, surtout quand tant d’enjeux sont en jeu.Guy Archibald est pragmatique. Il sait bien que les Autochtones d’Alaska n’obtiendront jamais un droit de veto absolu sur les projets miniers canadiens. Mais ce qu’ils réclament, c’est un minimum de considération : l’établissement d’un mécanisme clair permettant de prendre en compte leurs préoccupations, d’assurer une atténuation des impacts et de mettre en place un suivi rigoureux de ces mines.
Car au final, si l’eau et le saumon ne se soucient pas des frontières, la gestion environnementale, elle, ne devrait pas s’y arrêter non plus. L’identité culturelle et la souveraineté alimentaire de tout un peuple sont suspendues à cette décision. Nous attendons de voir si David Eby et son équipe choisiront l’écoute ou l’évitement.