Vétérans et cancer : le combat difficile pour obtenir une indemnisation face à Anciens Combattants

Vétérans et cancer : le combat difficile pour obtenir une indemnisation face à Anciens Combattants credit : lemorning.ca (image IA)

Le double combat des vétérans canadiens

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C’est une réalité amère que vivent de nombreux hommes et femmes qui ont servi sous l’uniforme canadien. Après avoir risqué leur vie au service de leur pays, ils se retrouvent souvent face à un autre ennemi, plus insidieux et épuisant : la maladie, et surtout, la bataille administrative pour la reconnaissance de cette maladie. Ces dernières années, la question des cancers présumément liés au service militaire a pris une ampleur considérable. Est-ce que le ministère des Anciens Combattants est vraiment prêt à soutenir ceux qui ont tout donné ?Le chiffre donne le tournis, ou du moins, il nous interpelle : en seulement 10 ans, le ministère a reçu 5888 demandes d’indemnisation pour des cancers que l’on croit liés à leur temps passé sous les drapeaux. Derrière chaque dossier, il y a une personne, un destin, et souvent, une lutte très difficile à mener, surtout quand la santé s’en va. C’est un combat de plus, c’est ça qui est déplorable.

Le témoignage poignant de Marie-Eve Doucet, exposée aux carburants

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Prenons l’exemple de Marie-Eve Doucet. Elle a consacré deux décennies de sa vie aux Forces armées canadiennes. Elle était mécanicienne, technicienne sur des avions F18. Un travail exigeant, évidemment. Aujourd’hui, à 44 ans, elle doit faire face à une tumeur cérébrale rare, un pinéocytome. Selon elle, c’est cette exposition prolongée aux vapeurs de carburants d’avion dans des hangars fermés qui est la cause. Et quand on y pense, qui pourrait la contredire ?Elle raconte d’ailleurs très bien cette exposition quotidienne : on se dit qu’on est invincibles dans la vingtaine. Mais plus tard, on réalise l’horreur. Elle se rappelle que des fois, le gaz coulait directement dans leurs gants. Un gant censé vous protéger, mais qui devient un bain toxique si le produit stagne dedans. Quelle naïveté, ou plutôt, quelle absence de protection adéquate, finalement !

Marie-Eve Doucet a commencé à ressentir de fortes migraines et des maux de cou dès 34 ans, mais le diagnostic réel n’est tombé que quelques années plus tard. Elle le dit elle-même : il est « pratiquement impossible de prouver à 100 % » le lien direct avec le travail. Mais elle ajoute une preuve personnelle irréfutable : elle n’a aucune mutation génétique ni d’antécédents familiaux qui pourraient expliquer cette maladie.

Quatre années de démarches pour une reconnaissance tardive

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Mme Doucet a entamé ses démarches d’indemnisation en 2021. Sa demande initiale a été refusée, tout comme sa demande de révision. Imaginez la pression, le stress, alors qu’elle était en plein traitement, entre radiothérapie et chimiothérapie – qui, malheureusement, n’ont pas réussi à venir à bout de toutes les masses dans son cerveau. Ça dure quatre ans, c’est long, non ?C’est finalement en mars dernier que le Tribunal des anciens combattants lui a donné raison. La décision a reconnu qu’elle avait été exposée à des produits chimiques dangereux, comme le benzène, le toluène et le naphtalène. Ce qui a fait pencher la balance ? Le Tribunal a conclu qu’il était « autant probable » que ses symptômes soient liés à l’exposition à ces substances que le contraire. C’est déjà une victoire, mais elle souligne bien qu’elle cherchait surtout une reconnaissance, histoire d’assurer un meilleur soutien à domicile pour l’avenir.

Seulement 30 % des demandes approuvées en première instance

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Le cas de Marie-Eve Doucet n’est hélas pas une exception. Regardons les statistiques fournies par le ministère. Sur les 5888 demandes reçues entre janvier 2015 et octobre 2025 (pour les cancers, hors affections bénignes), seulement 1853 ont été approuvées en première instance. Ça représente à peine 30 % des dossiers. C’est très peu, avouons-le. Pour les dossiers refusés, il y a heureusement un mécanisme d’appel.Sur cette même période, le Tribunal des anciens combattants a statué sur 552 décisions liées aux cancers en révision et en appel. La bonne nouvelle, c’est que sur ces appels, la moitié (266) ont abouti à une décision favorable. Ça montre qu’il y a de l’espoir, mais ça démontre aussi la lourdeur du processus. C’est le vétéran qui a l’entière responsabilité de prouver son exposition répétée à une matière dangereuse. Et c’est là que le bât blesse…

Un choix déchirant : se battre contre la maladie ou contre le ministère

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Cette obligation de prouver le lien causal, alors même qu’on est très malade, pose un dilemme moral et pratique terrible. James Hutton, directeur de l’association Veterans with cancer, le résume parfaitement : « Est-ce que je me bats avec le ministère ou est-ce que je passe du temps de qualité avec ma famille ? » C’est un choix déchirant que personne ne devrait avoir à faire, n’est-ce pas ?M. Hutton réclame d’ailleurs que le Canada s’inspire du modèle américain, notamment le PACT Act adopté en 2022. Aux États-Unis, cette loi introduit la notion de présomption de contaminants. Si un vétéran a servi dans certaines zones (comme l’Afghanistan ou l’Irak après le 11 septembre) et a développé l’un des 12 cancers répertoriés, il n’a plus besoin de fournir une preuve de causalité. L’indemnisation est accélérée. Une approche plus humaine, peut-être, mais que le Canada n’a pas encore adoptée.

La difficulté scientifique d’établir les liens de causalité

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Pourquoi est-ce si compliqué de prouver qu’un cancer est lié au travail ? France Labrèche, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, explique que le même cancer peut avoir 10 causes différentes. C’est la complexité de la médecine. De plus, ces cancers apparaissent souvent 10 ou 20 ans après la retraite. Le travailleur ne pense plus à ses démarches administratives, ou est trop affaibli pour les entreprendre.Sébastien Sauvé, professeur en chimie environnementale, ajoute que si les vieux contaminants (comme l’amiante) sont bien documentés, c’est beaucoup plus difficile avec les nouveaux produits ou les expositions environnementales complexes. Il mentionne que mesurer la qualité de l’air est l’« enfant pauvre » des mesures. Et n’oublions pas l’« effet cocktail », ce phénomène où différents contaminants interagissent, augmentant les risques même à faibles doses. Ça devient un véritable casse-tête pour les décideurs, je suppose.

Pas de décision « automatisée » pour les vétérans atteints de cancer

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Du côté du ministère, on comprend bien que ces dossiers sont particulièrement délicats. Steven Harris, sous-ministre principal adjoint, précise que les cancers représentent moins de 1 % de l’ensemble des demandes, mais que ce sont les plus compliqués à gérer. Il insiste : on ne peut pas prendre une décision « automatisée ». Chaque dossier doit être examiné individuellement pour s’assurer que les faits sont établis.Un guide de référence existe pourtant pour orienter les décideurs, listant par exemple les cancers liés à l’agent Orange ou à l’amiante. Mais les cas rares, comme celui de Marie-Eve Doucet, n’y sont pas répertoriés. Le ministère, en l’absence de la ministre Jill McKnight pour une entrevue, a toutefois assuré suivre de près les recherches américaines, notamment celles qui soutiennent le fameux PACT Act. Ils disent donner aux décideurs des orientations fondées sur la recherche médicale pour établir des liens entre le service militaire et l’apparition de certaines invalidités. Espérons que cette surveillance mène rapidement à des actions concrètes.

Assurer le soutien que ces hommes et femmes méritent

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La lutte pour l’indemnisation des vétérans atteints de cancer met en lumière une difficulté profonde : comment honorer le service de ceux qui ont été exposés à des dangers invisibles, sans la preuve scientifique « à 100 % » ? L’approche actuelle, qui repose lourdement sur l’épaule des vétérans malades pour prouver la causalité, est jugée par plusieurs comme étant trop lourde et inhumaine. Il y a un coût émotionnel immense, en plus du coût physique, quand on doit choisir entre se reposer et se battre contre la bureaucratie.Alors que des pays comme les États-Unis adoptent des modèles de décisions présomptives pour accélérer la reconnaissance, le Canada doit impérativement réévaluer ses mécanismes. Ces hommes et ces femmes ont servi le pays, il est de notre devoir de s’assurer qu’ils reçoivent le soutien nécessaire, non seulement pour survivre, mais pour vivre dignement, même face à la maladie la plus implacable.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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