Le recteur de l’UdeM alerte : Le Québec est en train de rater une occasion incroyable de briller sur la scène mondiale
Adam David - 2025-11-14 21:45
credit : lemorning.ca (image IA)
Un recteur au cœur de la défense universitaire

Pour lui, ce n’est pas juste un travail, c’est devenu viscéral. Il confie à Radio-Canada qu’il veut absolument que l’UdeM soit une actrice incontournable pour répondre aux défis majeurs auxquels notre société est confrontée. Et ces défis, on les sent bien : il y a cette grande vague de remise en question de la valeur de la science et de la formation, notamment avec ce qui se passe aux États-Unis, et puis, cette idée tenace que nos diplômes ne correspondent pas toujours aux besoins immédiats du marché. C’est dans ce contexte un peu chahuté que M. Jutras monte au créneau.
L’urgence de redéfinir notre ‘pacte social’

M. Jutras prévoit d’ailleurs d’aborder cette thématique la semaine prochaine devant le Cercle canadien de Montréal. L’idée, c’est d’expliquer mieux, et plus clairement, que l’université a pour finalité première de servir le bien commun. Bien sûr, l’expertise universitaire doit circuler vers l’économie et le politique, mais ce n’est pas son unique but. C’est un réservoir de solutions, ni plus ni moins. Il faut juste le dire plus fort, peut-être.
Des messages contradictoires entre ottawa et québec
D’un côté, le fédéral – le premier ministre Carney (probablement une erreur de nom, il s’agit plutôt du ministre ou du contexte budgétaire fédéral) – envoie des signaux très positifs. Ils ont consenti 1,7 milliard de dollars sur 13 ans pour recruter un millier de chercheurs étrangers hautement qualifiés. On parle ici de renforcer la compétitivité internationale du Canada. Ils laissent même entendre que les étudiants des cycles supérieurs ne seraient pas touchés par les fameux quotas d’étudiants étrangers.
De l’autre côté, il y a Québec. Le ministre Jean-François Roberge a annoncé la semaine dernière des cibles en immigration qui vont dans une direction beaucoup moins encourageante. L’Université de Montréal avait pourtant suggéré que, pour ne pas nuire à la recherche, on exempte les étudiants des cycles supérieurs (ceux qui font avancer l’activité scientifique!) de ces quotas. Mais rien n’a été fait en ce sens. Résultat : le gouvernement du Québec prévoit une baisse de 14 % du nombre maximal de permis d’études d’ici 2029.
Les conséquences immédiates et douloureuses

M. Jutras insiste : « Je ne sais pas si les gens réalisent à quel point les effets de ces annonces-là se manifestent concrètement, immédiatement. » Cela touche directement l’Europe francophone, l’Afrique subsaharienne, le Maghreb, des zones où nous recrutons beaucoup de talents.
Qui plus est, la baisse des inscriptions, combinée au gel des investissements dans le réseau, met les finances des universités québécoises à mal. L’UdeM a dû imposer des compressions budgétaires de l’ordre de 0,5 % dans les facultés et 1 % dans les services. Ça fait mal. Nous sommes, selon lui, à un moment unique depuis plusieurs décennies, et « on rate une occasion incroyable ».
Perdre nos liens avec le monde : l’enjeu fondamental
M. Jutras explique que si la proportion de ces talents internationaux baisse, le Québec perdra un apport extrêmement utile au développement de réseaux à l’échelle planétaire. C’est ça, l’enjeu fondamental si l’on veut que nos universités continuent d’être de « classe mondiale », comme on aime tant le dire. Si on s’isole, comment rester compétitif? C’est impossible, non?
Malgré ce constat difficile, le recteur reste optimiste. Il espère que cette incohérence, ce décalage entre Québec et Ottawa, sera vite redressée. L’espoir, c’est que les messages finissent par s’aligner autour d’une volonté claire d’accueillir les chercheurs et étudiants internationaux.
Sortir de la ‘tour d’ivoire’ et innover avec l’industrie

L’UdeM a déjà mis en place des parcours de formation en collaboration avec des partenaires entrepreneuriaux. Mais il veut aller plus loin. On pourrait même imaginer des doctorats avec une portée industrielle, ou qui seraient plus intégrés aux activités des entreprises, répondant ainsi aux attentes de ceux qui veulent une activité scientifique très appliquée.
Mais, attends! Il y a toujours cette question : comment faire ça sans céder aux intérêts privés et sans pervertir la mission universitaire? Pour M. Jutras, la réponse se trouve dans les garde-fous : l’indépendance, l’autonomie, la liberté intellectuelle et l’intégrité des méthodes scientifiques. Ça, c’est non négociable, je suppose.
Le rôle vital de la recherche fondamentale

Il prend l’exemple de l’intelligence artificielle (IA) : elle n’en serait jamais là aujourd’hui sans les investissements initiaux dans la recherche pure. Ce sont ces investissements qui créent ce « réservoir de sagesse » crédible pour le monde économique et la société civile.
Il termine par une phrase qui résonne beaucoup : « Ça fait 40 ans que je suis universitaire et c’est la première fois que je me dis que là, c’est vraiment très important, ce qu’on fait. » Pourquoi cette conviction soudaine? Parce que dans cet environnement où « le savoir est aplati » et où tout le monde se croit expert, l’université est l’une des dernières institutions à pouvoir valider le savoir avec intégrité.
Un appel à l’examen de conscience

Selon lui, c’est le moment idéal pour faire un examen de conscience collectif et s’assurer que cette sagesse universitaire, validée et indépendante, est non seulement maintenue, mais aussi bien communiquée et partagée avec absolument tout le monde. L’alignement des messages entre Québec et Ottawa, c’est, je crois, la première étape nécessaire pour corriger le tir.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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