Convention de la Baie-James : pour Ted Moses, une confirmation des droits cris, pas une simple vente

Convention de la Baie-James : pour Ted Moses, une confirmation des droits cris, pas une simple vente credit : lemorning.ca (image IA)

50 ans de Convention et un chemin parcouru

credit : lemorning.ca (image IA)
Cinquante ans. C’est le temps qui s’est écoulé depuis la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ), un document qui a fondamentalement changé la vie des Cris et, disons-le franchement, la relation entre la Nation et la province. Si on regarde en arrière, c’est une sacrée histoire. Pour éclaircir ce parcours, nous nous sommes entretenus avec Ted Moses, figure incontournable de ces négociations. Il n’avait que 25 ans à l’époque de la CBJNQ en 1975. Imaginez, être le négociateur en chef à cet âge-là! Et plus tard, c’est lui qui a piloté l’entente historique de la Paix des Braves en 2002. Quelqu’un qui a vu, qui a fait, et qui a une perspective unique, je suppose, sur ce demi-siècle de va-et-vient politiques et économiques.

L’isolement après la signature de 1975

credit : lemorning.ca (image IA)
Une fois la Convention signée, l’atmosphère est devenue assez froide. Ted Moses raconte que les gouvernements – le fédéral et le provincial – ont un peu pris la poudre d’escampette. Pourquoi? Parce que, de leur point de vue, ils avaient obtenu ce qu’ils voulaient. Hydro-Québec avait le consentement des Cris pour le projet hydroélectrique, et Ottawa avait obtenu la « cession et l’extinction des droits ». Point à la ligne, semblait-il. C’est après qu’on s’est heurté au mur : le Québec, estimant que les Cris en avaient « obtenu trop » et qu’ils avaient été « escroqués », a traîné les pieds pour mettre en œuvre la Convention. Ça, ça a duré des années. Une résistance qui montre bien la complexité du départ.

La Paix des braves : un virage économique inattendu

Heureusement, l’histoire a continué, et en 2002, il y a eu un grand changement avec la signature de la Paix des Braves, cette fois avec Bernard Landry et le Parti québécois. Cette entente, souligne Moses, a vraiment marqué une nouvelle ère, une nouvelle relation, à condition bien sûr que le Québec respecte ses engagements. Et ça a marché, en grande partie. Nous avons vu les Cris participer directement au projet Eastmain-Sarcelle-Rupert. C’était historique! Imaginez : c’était la première fois que la Nation crie était impliquée dans la conception d’un projet hydroélectrique. Et puis, ça a donné un coup de fouet incroyable à l’économie locale avec des contrats réservés aux Cris d’une valeur de plus d’un milliard de dollars. Ça, c’est du concret, non?

Le boom et l’amélioration de la qualité de vie

credit : lemorning.ca (image IA)
Quand on se rend aujourd’hui dans une communauté crie, le développement est palpable. Prenez Eastmain, par exemple. En 1975, il y avait quoi? Vingt-cinq maisons. Aujourd’hui, on parle de 125! Il y a de l’eau courante, des réseaux d’égouts, des logements, des bâtiments communautaires, des gymnases, et même des piscines. Des routes d’accès aussi, bien sûr. La vie s’est considérablement améliorée, et les revenus des gens ont suivi. Mais il y a un revers, un petit grain de sel dans cette réussite : les politiciens qui « réprimandent » maintenant les Cris, ce sont souvent leurs propres politiciens locaux. On peut dire que les Cris ont pris leur destin en main, même si ça vient avec la nécessité d’exiger des comptes de son propre peuple. Un nouveau défi, si vous voulez.

Non, les Cris n’ont pas ‘vendu’ leurs droits

C’est une critique récurrente, notamment chez d’autres Premières Nations comme les Innus : l’idée que les Cris auraient « vendu » leurs droits ancestraux pour la CBJNQ. Moses rejette cette accusation avec force. Avant l’hydroélectricité, dit-il, nos droits n’étaient même pas définis, il n’y avait pas vraiment de danger pour eux car nous étions isolés. On chassait, on pêchait, on vivait sur la terre. Pour lui, la Convention, même avec la mention de « cession, renonciation et extinction », n’était pas une vente, mais une confirmation de ces droits. Une confirmation qui les a rendus protégés par la loi et la Constitution. C’est un point de vue qui mérite réflexion : vaut-il mieux des droits implicites, mais fragiles, ou des droits inscrits dans la loi, même si le vocabulaire utilisé est dur?

Le concept colonialiste de l’extinction des droits

credit : lemorning.ca (image IA)
Qu’est-ce que l’extinction a vraiment apporté? Moses se pose la question, et moi aussi, en vous lisant. Il rappelle que l’idée même de l’extinction des droits est un concept colonialiste, inventé par les Blancs. Mais il y a une lueur d’espoir, une philosophie qui transparaît : on peut toujours trouver un moyen de contourner cette extinction. La nouvelle génération de penseurs cris, qui est bien plus instruite que celle de 1975, trouvera de nouvelles manières d’avancer, il en est convaincu. Il fallait accepter le document, car il savait que le gouvernement du Canada avait le pouvoir législatif d’imposer un règlement. Mieux valait définir et négocier leurs droits eux-mêmes que de laisser une autorité coloniale en décider, comme cela aurait pu être le cas si la négociation n’avait pas eu lieu. Une décision pragmatique, mais terriblement difficile.D’ailleurs, le ministre de l’époque n’était autre que Jean Chrétien, alors ministre des Affaires indiennes. Une autre époque, n’est-ce pas?

Une relation fragile et le piège de l’image politique

credit : lemorning.ca (image IA)
Les gouvernements, c’est bien connu, aiment bien se faire valoir. Et le Québec n’y fait pas exception. Le gouvernement provincial a souvent utilisé la relation avec les Cris pour vanter une belle entente de « nation à nation ». Est-ce de l’utilisation politique pour projeter une meilleure image? Bien sûr que oui, reconnaît Moses. Les relations sont meilleures qu’avant, mais il faut toujours être vigilant.Pourquoi? Parce que les relations sont fragiles. Elles peuvent changer avec les gouvernements. Il se souvient très bien du contre-coup après la signature avec Robert Bourassa (Parti libéral) : quand René Lévesque (Parti québécois) est arrivé, l’accueil fut glacial. Ils pensaient qu’on les avait escroqués! Il existe toujours, même aujourd’hui, des gens au sein du gouvernement qui ne souhaitent pas que les Cris aient leur place, qui aimeraient juste les écarter pour développer la région à leur guise. Les leaders cris doivent absolument garder l’œil ouvert, toujours.

les prochaines 50 années de force et d’unité

credit : lemorning.ca (image IA)
Qu’est-ce qui attend la Nation crie dans les 50 prochaines années? Ted Moses est optimiste, même s’il sait que ce sera « stimulant ». La nation sera beaucoup plus forte. Ses droits sont maintenant inscrits dans la Constitution canadienne. La nouvelle génération est hautement instruite; rappelez-vous qu’en 1975, les gens qui menaient le combat n’avaient presque pas d’éducation. Aujourd’hui, les jeunes s’impliquent dans la gouvernance, la santé, l’éducation. C’est leur avenir qu’ils prennent en main.La population a aussi explosé, passant de 6 500 à plus de 20 000 Cris. C’est une génération qui a connu la qualité de vie améliorée et qui est déterminée à la maintenir et à préserver ses droits avec fierté, force et unité. Si l’histoire de la CBJNQ est complexe et parfois douloureuse, elle est avant tout celle d’une Nation qui a su négocier son avenir, peu importe le terme qu’on utilise. Tshinashkumitin.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.