Projet SIFA suspendu en santé : l’audit confidentiel révèle une série d’erreurs et d’irrégularités massives

Projet SIFA suspendu en santé : l’audit confidentiel révèle une série d’erreurs et d’irrégularités massives credit : lemorning.ca (image IA)

Quand un projet informatique prend l’eau, et pas qu’un peu

Ah, les grands projets informatiques du gouvernement ! On dirait qu’à chaque fois, l’histoire se répète, et c’est souvent le contribuable qui paie la note salée. L’affaire du Système d’information des finances et de l’approvisionnement (SIFA), au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), vient encore de le confirmer. Ce projet, supposé unifier les solutions informatiques du réseau, est maintenant suspendu, et on comprend pourquoi.Radio-Canada a mis la main sur un audit confidentiel du ministère de la Cybersécurité et du Numérique (MCN). Croyez-moi, ce document de 34 pages, que le gouvernement refusait obstinément de montrer, est accablant. Il parle de « lacunes importantes » et d’irrégularités qui ont carrément « considérablement augmenté les risques ».

Des erreurs et des manquements qui rappellent SAAQclic

Qu’est-ce qui a causé ce dérapage monumental? L’audit, rédigé au début 2025, est clair : le MSSS a multiplié les erreurs. Il aurait même « contrevenu à ses obligations », ce n’est pas rien. Le contrat, d’une valeur initiale de 408 millions de dollars, avait été attribué à la firme LGS en mars 2024. Tiens donc, LGS. C’est la même firme qui était impliquée dans le tristement célèbre fiasco SAAQclic.Quelques jours avant que l’opposition officielle ne réclame que cet audit soit public – en vain, d’ailleurs – le projet SIFA avait déjà été mis sur pause. Pourquoi? À cause de dépassements de coûts ahurissants de 191 % et, bien sûr, des retards considérables. C’est la panique assurée.

La responsabilité déléguée à un acteur inexpérimenté

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La faute majeure, d’après l’audit, semble être une erreur de jugement incroyable : le ministère de la Santé a refilé l’entière responsabilité de l’appel d’offres d’un projet de cette envergure nationale au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean. On se demande bien ce qui a pu leur passer par la tête. Ce CIUSSS, sans la moindre expérience pour gérer un mastodonte pareil, s’est retrouvé avec un poids bien trop lourd sur les épaules, n’est-ce pas?L’audit critique sévèrement le MSSS, notant qu’il a graduellement « délaissé son rôle et ses responsabilités », les transférant au CIUSSS. Le document indique que la stratégie d’approvisionnement n’était pas adaptée au « manque d’expérience du CIUSSS », ce qui, étrangement, a aussi limité le nombre de soumissions reçues. Il y avait un manque criant d’implication du MSSS. Par exemple, même les services juridiques du ministère n’ont pas été consultés. Le CIUSSS a dû engager un cabinet privé d’avocats pour s’en sortir.

Deux ans d’opacité et de résistance ministérielle

Un autre point soulevé par l’audit est la durée sidérante pendant laquelle le ministère de la Santé n’a donné aucune nouvelle officielle sur l’état du projet. De juin 2022 à septembre 2024, le MSSS n’a transmis aucun état de santé formel du projet, comme l’exige pourtant la réglementation. Cette « opacité de l’information », comme le dit le ministère de la Cybersécurité et du Numérique (MCN), a tout simplement empêché le MCN de faire son travail de surveillance. Comment voulez-vous surveiller un train si vous ne savez même pas s’il est sur les rails?Il faut se souvenir que Radio-Canada avait déjà souligné que les ministres de la Cybersécurité et du Numérique, Éric Caire, puis Gilles Bélanger, avaient essayé, avec leurs fonctionnaires, de stopper le projet pendant des mois. Mais ils se sont heurtés à la résistance farouche du ministre de la Santé, Christian Dubé, et de son équipe. Ça donne l’impression d’une guerre de tranchées en interne.

Quand l’appel d’offres perd toute intégrité

Même si le CIUSSS n’avait pas les épaules, il a aussi fait des erreurs graves qui ont compromis le processus d’appel d’offres. Plusieurs modifications faites en cours de publication ont fait exploser le risque contractuel pour le gouvernement. Par exemple, à la demande expresse de fournisseurs, le CIUSSS a retiré la garantie d’exécution. En clair, le Québec a renoncé à une protection financière au cas où le fournisseur ferait défaut. Une erreur monumentale, je suppose.Pire encore, sous la pression des entreprises intéressées, le CIUSSS a abandonné la clause de résiliation sans préavis. Ils ont d’abord négocié 180 jours, puis 365 jours. Mais la surprise finale est arrivée juste avant la clôture : à trois semaines de la fin, deux addendas ont prolongé ce délai à CINQ ANS. Et cela, sans qu’aucune analyse ou avis juridique ne vienne justifier ce changement, pourtant extrêmement défavorable à l’organisme public.

La clause qui coince : une facture de 150 millions de dollars

Et c’est là que le gouvernement se retrouve dans une situation très difficile. À cause de ce préavis de cinq ans inscrit au contrat, il est pratiquement coincé avec LGS. Résilier l’entente coûterait une fortune, au moins 150 millions de dollars. C’est la rançon de toutes ces « lacunes importantes » qui, selon l’audit, ont rendu un redressement significatif presque impossible.Ce n’est pas tout. Le rapport révèle que LGS a clairement sous-estimé sa soumission. L’offre de prix présentée au départ était inexacte, ce qui a provoqué l’explosion des coûts de développement. Nos sources indiquent que les deux autres entreprises candidates avaient soumissionné à près du double du prix de LGS. Ça donne à réfléchir sur l’évaluation des offres, n’est-ce pas?

Un déséquilibre de pouvoir alarmant en faveur de LGS

Ce qui frappe aussi, c’est l’énorme pouvoir accordé à la firme LGS, qui est d’ailleurs une filiale d’IBM. En mai 2024, le bureau de projet SIFA comptait seulement deux ressources du CIUSSS et aucune ressource du MSSS. Cette absence crée un déséquilibre majeur, un « rapport de force au bénéfice de l’intégrateur », selon l’audit.Alejandro Romero-Torres, spécialiste de la gestion des projets publics en TI, s’étonne de la situation. Il souligne que la gouvernance a été déléguée au fournisseur, avec une supervision insuffisante. Le comble? Le seul comité de gouvernance en opération était géré par LGS, y compris la mise en place des ordres du jour et l’élaboration des comptes rendus. C’est le fournisseur qui menait la barque! M. Romero-Torres insiste : il fallait s’assurer que le CIUSSS avait les capacités, les ressources et les compétences pour négocier correctement. Clairement, ce n’était pas le cas.

Conclusion : L’explosion des coûts et l’enquête en cours

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Où en est la facture finale? Tenez-vous bien : le projet SIFA, qui devait coûter 96 millions de dollars pour son développement initial, devrait atteindre les 630 millions de dollars si l’on inclut le développement et l’exploitation. Mais le pire, c’est que Christian Dubé a demandé au Conseil des ministres de réorienter d’autres budgets, ce qui pourrait porter le coût total à 725 millions de dollars. C’est faramineux.Face à ce scandale, le MSSS et le cabinet du ministre Christian Dubé n’ont pas souhaité répondre à nos questions. Le CIUSSS renvoie la balle à Santé Québec, qui a repris la responsabilité du projet fin 2024. Santé Québec rappelle qu’une enquête de l’Autorité des marchés publics (AMP) est en cours et qu’elle réserve ses commentaires. La firme LGS, via IBM Canada, maintient pour sa part avoir « toujours agi de façon transparente ».

En fin de compte, la conclusion de cet audit début 2025 est la même que celle de la Commission Gallant après SAAQclic : il est absolument vital de revoir les mécanismes de surveillance des grands projets de transformation numérique pour éviter que de tels défis, ou plutôt de tels désastres, ne se reproduisent.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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