Le Traité qui a tout changé : le contraste saisissant entre les nations crie et inuite suite à la Convention de la Baie-James
Adam David - 2025-11-12 13:15
credit : lemorning.ca (image IA)
L’héritage contrasté de la Baie-James

Cinquante ans, c’est long. C’est le temps écoulé depuis la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ), cette entente historique qui, on le sait, a redessiné la carte politique et économique du Québec septentrional. Mais si l’accord avait pour ambition d’apporter développement et sécurité à tous, force est de constater, aujourd’hui, que ses retombées sont très inégalement réparties. Franchement, la différence entre les nations crie et inuite est non seulement visible, mais elle est carrément frappante, surtout quand on prend le temps de visiter leurs communautés.
Le traité qui devait tout changer a créé deux trajectoires distinctes, deux visions du progrès. Pourquoi un tel écart? C’est la question qui me vient à l’esprit en observant d’un côté l’essor sans précédent de Chisasibi et, de l’autre, les défis persistants et parfois écrasants auxquels font face les communautés du Nunavik.
Chisasibi : le boom démographique et l’essor de la modernité crie

Si vous passez par Chisasibi, la plus grande communauté crie de la région, vous ne pourrez pas manquer le signe d’une croissance fulgurante. Avec 5000 habitants, on voit des quartiers résidentiels tout neufs qui poussent comme des champignons. Pourquoi ? Parce que les deux tiers de la population ont moins de 35 ans. C’est une communauté incroyablement jeune, et ça s’entend, je vous assure. Entre les rires d’enfants jouant au baseball et le bruit des VTT, l’énergie est palpable.
Ce bond dans la modernité ne s’est pourtant pas fait au détriment de la culture, loin de là. Derrière les maisons contemporaines, on voit encore les mitchuap, ces tipis traditionnels, qui servent à préparer l’outarde ou d’autres mets sur le feu de bois. Ils sont un symbole de cette volonté farouche de conserver leur identité, même après le virage radical de la CBJNQ.
L’argent de la Convention permet aussi de lancer d’immenses projets, pilotés par les Cris eux-mêmes : on construit un grand hôpital, un centre pour aînés. C’est un développement géré de l’intérieur, ça change tout, vous ne trouvez pas ?
Darius Neacappo, un exemple de l’héritage économique

Quand on parle de cette réussite, il faut des visages. Prenez Darius Neacappo, par exemple. À seulement 25 ans, cet homme dirige un garage de mécanique automobile qui emploie une dizaine de personnes. Il l’a acheté à 23 ans! Les clients qui défilent sans cesse montrent bien que son entreprise est en pleine forme financière.
Darius n’est pas qu’un entrepreneur; il est maintenant chef adjoint au conseil cri de la jeunesse, représentant les intérêts de sa génération. Je l’ai vu prendre le temps, entre deux clients, d’examiner le plan d’affaires sommaire d’un autre jeune homme, cherchant de l’aide pour un financement communautaire. C’est ça, la relève.
Il l’explique très bien : ces opportunités, notamment les prêts communautaires, découlent directement des redevances de la CBJNQ, et surtout de traités subséquents comme la Paix des braves, signée en 2002 par Ted Moses et Bernard Landry, qui ajoutait 70 millions de dollars par an. Ces ententes ont vraiment amélioré le niveau de vie, en plus de nous permettre d’avoir nos propres institutions comme la Commission scolaire crie. Il y a de l’argent pour que les jeunes aillent à l’université ou au cégep. C’est ça qui permet aux jeunes, comme lui, de revenir ensuite pour « aider notre communauté à grandir et être plus forte ».
Kuujjuaq : le fardeau des iniquités au Nunavik

Le contraste, je le disais, est saisissant. Pour se rendre en territoire inuit, il faut prendre l’avion. Là-bas, au-delà du 55e parallèle, la forêt boréale cède la place à la toundra. Kuujjuaq, la plus grande communauté (3000 habitants), est assise juste sur cette frontière naturelle. Mais dès qu’on roule sur les rues de gravier, on comprend que les retombées économiques n’ont pas été les mêmes que chez les Cris. Vraiment pas.
Ici, les bâtiments publics sont souvent très vieillissants. L’approvisionnement en eau, géré par camion-citerne, est dépassé par la demande. Et parlons du logement ! Près de la moitié des résidents vivent dans des appartements surpeuplés. Comment voulez-vous vous développer et vous concentrer sur l’avenir quand les besoins de base ne sont pas comblés?
Cependant, comme chez les Cris, une jeune génération se bat. Parmi eux, il y a Janice Parsons, fière représentante de la culture inuit, connue pour ses prestations de chant de gorge. Mais son engagement va bien au-delà : elle est la présidente du conseil des jeunes de Qarjuit.
Le sentiment d’être des citoyens de seconde classe

Le conseil des jeunes de Qarjuit organise notamment des simulations de négociation de traités. Cela permet de comprendre la complexité des enjeux locaux, mais ça rappelle aussi, de façon amère, que la CBJNQ marque toujours les esprits. Les leaders d’antan « n’avaient pas d’autre choix que de se lancer, sinon nos terres allaient être volées », rappelle Janice Parsons, avec un grand respect pour leur travail. Mais, ajoute-t-elle, les promesses de l’entente ne se sont jamais vraiment concrétisées.
Janice dénonce ce qu’elle appelle un sous-financement chronique, notamment dans l’éducation. Quand on sait que près de 80 % des jeunes du Nunavik quittent l’école secondaire sans obtenir leur diplôme, il y a de quoi s’alarmer, n’est-ce pas ? Elle estime que le manque d’enseignants et de ressources mène tout droit à l’échec. « Ça nous amène droit à l’échec », dit-elle, car une fois arrivés dans le Sud pour les études supérieures, ils sont dépassés par le niveau de travail. Ce manque de perspectives professionnelles et éducatives alimente un sentiment terrible : celui d’être des citoyens de seconde classe.
La douloureuse réalité des soins de santé au Nunavik

L’un des aspects les plus poignants de cette inégalité est sans doute celui des soins de santé. Janice Parsons en fera l’expérience très personnellement : étant enceinte, elle devra bientôt s’envoler pour Montréal, à 1400 km de chez elle. Elle devra attendre ses premières contractions dans un hôtel, loin des siens, pendant plusieurs semaines.
Ce déracinement est la conséquence directe du manque de services spécialisés dans les dispensaires et hôpitaux du Nunavik. Malgré le dévouement des sages-femmes locales, l’accouchement dans le Sud est souvent vu comme l’option la plus sécuritaire. C’est une situation révoltante, franchement. Imaginez les défis qu’aura à affronter son bébé, bien supérieurs à ceux des enfants nés dans le Sud. C’est ce qui nourrit son engagement politique : elle veut un avenir où les siens pourront « réussir et devenir de grands leaders ».
Makivvik et la quête d’autodétermination
La critique vient aussi des plus hautes sphères. Pita Aatami, président de Makivvik (l’organe politique des Inuit du Nunavik issu de la CBJNQ), refuse l’héritage de la Convention. Il soutient que le traité a été imposé aux Inuit. Ils ont été « forcés de négocier en utilisant les lois des allochtones » qu’ils ne connaissaient pas, ce qui, selon lui, a créé une négociation à sens unique dès le départ. C’est une dure vérité à entendre.
Bien sûr, il reconnaît un certain développement économique, mais la qualité des services publics ne suit tout simplement pas. C’est pourquoi Makivvik est engagé dans un processus d’autodétermination avec Québec. « Notre territoire a été volé par les gouvernements. Nous souhaitons reprendre le contrôle », affirme-t-il.
Bien que les institutions régionales soient gérées localement, elles dépendent toujours de budgets québécois jugés insuffisants. Il cite l’exemple frappant de la crise d’accès à l’eau à Puvirnituq, qui a laissé des résidents sans eau courante pendant des semaines en hiver, preuve d’un manque d’investissements criant dans les infrastructures.
Mais Pita Aatami reste optimiste quant à l’ouverture du gouvernement provincial actuel. Son message est clair, et il est essentiel : « Traitez-moi comme votre égal ». C’est le rêve d’un partenariat véritable pour l’avenir du Nunavik.
L’égalité reste le défi principal

La Convention de la Baie-James, entérinée il y a un demi-siècle, représente donc beaucoup plus qu’une simple entente territoriale : elle symbolise la divergence profonde des destins. D’un côté, la Nation crie a réussi à transformer les redevances en un levier d’autonomie, de modernité et de prospérité pour sa jeunesse. De l’autre, la nation inuite du Nunavik fait toujours face à des iniquités systémiques majeures, des problèmes de logement et de santé qui rappellent cruellement que les promesses de l’entente n’ont pas été tenues intégralement.
Le coût réel de l’électricité, pour paraphraser le titre de Radio-Canada, se mesure peut-être au prix de l’égalité. Le chemin pour arriver à un partenariat véritable, un partenariat d’égal à égal comme l’espère Pita Aatami, est encore long. Mais l’engagement et la détermination des jeunes leaders, qu’ils soient à Chisasibi ou à Kuujjuaq, montrent qu’ils sont prêts à se battre pour que leurs nations aient le droit à un avenir sans subir les décisions qui leur sont imposées.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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