La peur du chacun pour soi : comment les agriculteurs de Lanoraie s’inquiètent de la future gestion de l’eau

La peur du chacun pour soi : comment les agriculteurs de Lanoraie s’inquiètent de la future gestion de l’eau credit : lemorning.ca (image IA)

Quand la camaraderie cède la place à l’anxiété

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Ici, à Lanoraie, on a toujours fonctionné ensemble. C’est la règle non écrite, celle qui fait qu’on arrive à cultiver nos terres même quand l’eau se fait rare. Les agriculteurs du coin ont l’habitude de se donner la main, de se téléphoner, d’ouvrir ou fermer leurs barrages pour que personne ne manque. Mais aujourd’hui, cette bonne entente est menacée. Pourquoi? Parce que la réglementation gouvernementale, même si elle part d’une bonne intention environnementale, risque de transformer la coopération en une compétition amère, un vrai chacun pour soi.

L’Union des producteurs agricoles (UPA) le dit clairement : si les prélèvements sont limités, certains devront peut-être tout simplement laisser tomber leurs cultures. C’est la panique, je dois dire, surtout quand on sait à quel point l’eau est précieuse dans cette région.

L’esprit de bon voisinage à l’épreuve des sécheresses

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Prenons l’exemple de Luc Hervieux, producteur maraîcher, et de son voisin Francis Desrochers, qui cultive des pommes de terre. Ces gars-là, ils travaillent main dans la main. Luc nous a même montré son barrage sur la rivière Saint-Jean, qu’il a bâti justement pour gérer les manques d’eau. Il s’entend avec son voisin d’amont : « On doit se parler une fois par semaine au printemps », dit Luc. Il y a quelques semaines, ses voisins « d’en bas » l’ont appelé, l’eau manquait. Luc a ouvert son barrage, et tout le monde a pu pomper ce dont ils avaient besoin. C’est ça, la solidarité à Lanoraie.

Mais, Francis Desrochers, accoté sur sa pompe d’irrigation, le dit sans détour : tant qu’il y a de l’eau, tout le monde est heureux. Mais dès que ça se corse, les gens arrêtent de travailler en équipe. La crainte est réelle : que l’entraide se change en une course pour obtenir le peu d’eau autorisé. Certains pourraient se dire : « moi, j’aurai de l’eau et toi, t’en auras pas. » Ça me fend le cœur d’imaginer ça, vous savez.

Le projet pilote et l’inquiétude d’être les prochains

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Le Ministère de l’Environnement du Québec (MELCCFP, comme on dit) regarde la situation de près, on le sait. Il a d’ailleurs lancé un projet pilote pour limiter la consommation des grands préleveurs. Pour l’instant, ce projet ne concerne que le Centre-du-Québec, où la culture de canneberges met une forte pression sur les rivières. Mais Francis Desrochers, qui est aussi président de la Fédération des producteurs de pommes de terre du Québec (PPTQ), s’inquiète : et si ce projet s’étendait à Lanoraie?

Un rapport de recherche récent, baptisé SCELANEAU (je vous jure que j’ai du mal avec ces acronymes!), a déjà confirmé que les producteurs ici ont déjà manqué d’eau par le passé. Les niveaux sont trop bas pour prélever. Francis Desrochers confie que des chicanes, ou des discussions tendues si vous préférez, ont déjà commencé. Selon lui, ce n’est pas l’abaissement des niveaux d’eau qui cause problème, mais « c’est la réglementation qui est en train de nous mettre en chicane les uns contre les autres. »

L’échéance des permis et l’intervention ministérielle

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Le Ministère nous rassure à moitié : par courriel, ils disent qu’ils n’envisagent pas de limiter les volumes à Lanoraie « actuellement ». Mais ils interviennent « en temps opportun » si l’évolution de la situation l’exige. Ces expressions me font toujours un peu peur, je l’avoue. Qu’est-ce qu’un « temps opportun »?

Le vrai point de friction, c’est l’échéance des exemptions. Beaucoup d’agriculteurs pouvaient déclarer leurs volumes sans renouveler d’autorisation, mais cela va bientôt changer. Ils vont devoir demander des autorisations. C’est là qu’ils craignent d’être limités. Francis Desrochers sait que les quantités d’eau déclarées par les agriculteurs — qui sont obligatoires — ont le potentiel d’« effrayer » le Ministère et de le forcer à revoir les volumes autorisés. Et si l’eau autorisée est insuffisante, l’UPA craint que certains soient forcés d’abandonner des cultures. C’est dramatique, non?

Le cercle vicieux du climat et la tourbière sous surveillance

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Marie Larocque, spécialiste des eaux souterraines à l’UQAM, nous met le doigt sur le problème central : on révise la gestion de l’eau dans un contexte où les sécheresses et les bas niveaux d’eau sont de plus en plus extrêmes. C’est un vrai cercle vicieux. Les étés sont plus chauds et secs, donc les producteurs veulent pomper plus pour irriguer plus. Le rapport SCELANEAU estime que les producteurs devront augmenter leur prélèvement d’environ 25 % dans le futur juste pour suivre la cadence!

Il y a aussi l’histoire de la tourbière de Lanoraie. C’est une zone sensible que le gouvernement et les chercheurs surveillent parce qu’elle s’assèche progressivement. Pendant 75 ans, les agriculteurs ont utilisé cette tourbière comme un tampon, construisant des étangs qui se remplissent avec l’eau souterraine qui s’y écoulait. Ils pompent ensuite cette eau pour irriguer. Forcément, l’impact de l’agriculture sur cet écosystème inquiète le MELCCFP. Est-ce que la protection de la tourbière pourrait être l’excuse, ou la raison, pour leur serrer davantage la vis? C’est une question que, franchement, je me pose aussi.

La limite des 15 % : une règle impossible à tenir

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Mais revenons à cette fameuse règle qui fâche Francis Desrochers. Le règlement du Ministère stipule que les prélèvements d’eau ne doivent pas dépasser 15 % du débit d’étiage (le débit minimal d’un cours d’eau). Francis Desrochers trouve cette règle impossible à respecter. Le niveau d’eau varie tellement! Le 15 % est appliqué toute l’année, mais l’eau est naturellement très basse l’été.

Le rapport SCELANEAU a d’ailleurs mis le doigt sur cette problématique, en faisant les calculs. En juillet, les prélèvements théoriques des agriculteurs peuvent atteindre 53 % du débit. En août, on parle de 83 %! Comment voulez-vous que les agriculteurs respectent un seuil de 15 % quand leurs besoins réels sont cinq fois supérieurs en pleine sécheresse? C’est une source de conflit assurée, selon les auteurs du rapport.

Nourrir le monde avec une vision à long terme

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Les agriculteurs de Lanoraie sentent qu’ils ont le dos large. Francis Desrochers le rappelle : « On irrigue des aliments, on nourrit le monde. » C’est une responsabilité immense, et la gestion de l’eau doit absolument se faire avec une vision à long terme, pas juste des chiffres arbitraires.

Il y a clairement un non-sens, comme il le dit. On impose des limites drastiques aux producteurs, mais beaucoup de monde prend des douches de vingt minutes ou lave sa voiture sans compter. La gestion de l’eau ne peut pas reposer uniquement sur ceux qui sont essentiels pour nous nourrir. Le sort de l’entraide à Lanoraie, et la pérennité de ces cultures, dépendra de la capacité du Ministère à trouver un équilibre entre la protection de l’environnement (notamment la tourbière) et les besoins vitaux de l’agriculture québécoise.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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