Catherine McKenna déplore le flou climatique de Mark Carney : la cible de 2030 est-elle hors d’atteinte ?

Catherine McKenna déplore le flou climatique de Mark Carney : la cible de 2030 est-elle hors d’atteinte ? credit : lemorning.ca (image IA)

Une alliée libérale sonne l’alarme

C’est toujours un peu troublant quand des membres d’une même famille politique commencent à s’interroger publiquement. Et c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui avec Catherine McKenna, l’ancienne ministre de l’Environnement qui avait mis en place la fameuse tarification carbone pour les consommateurs. Elle a beau avoir donné son appui à Mark Carney pendant la course à la chefferie l’hiver dernier, elle ne mâche pas ses mots : le plan climatique du nouveau premier ministre manque cruellement de clarté.Son message est simple mais percutant : on n’a pas de détails. Comment, s’interroge-t-elle, le gouvernement de M. Carney compte-t-il vraiment réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES) ? C’est une question que beaucoup de gens se posent, d’autant plus que l’objectif – réduire d’au moins 40 % les émissions d’ici 2030 par rapport à 2005 – semble de plus en plus difficile à atteindre. On dirait bien que les belles intentions ne suffisent plus.

Le cœur du problème : où sont les détails de la réduction des GES ?

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Lors d’une entrevue récente, Mme McKenna a exprimé une frustration très légitime. Le premier ministre Mark Carney parle bien sûr de l’importance de la réglementation, ce qui est nécessaire, mais cela ne nous dit pas comment les libéraux vont s’y prendre concrètement. Le défi est immense, et les chiffres sont là pour le prouver. Le Canada vise cette fameuse réduction de 40 % d’ici 2030. Mais les dernières données, celles de 2023, ne montrent qu’une diminution de 8,5 %. Il reste peu de temps, et le chemin à parcourir est gigantesque, n’est-ce pas ?Quand on voit ce manque de précision, on se demande si le gouvernement est vraiment prêt à affronter les prochaines étapes. L’inquiétude de McKenna est palpable, et elle souligne un point crucial : une bonne partie des réductions dépend, malheureusement, de négociations souvent ardues et compliquées avec les provinces. C’est là que le bât blesse.

L’inquiétude majeure : l’abandon du plafond pour le secteur pétrolier et gazier

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La source principale des doutes de l’ancienne ministre concerne une politique qui était chère à l’ancien gouvernement de Justin Trudeau : le plafond d’émissions pour le secteur du pétrole et du gaz. C’était une mesure forte, mais qui avait beaucoup déplu à l’Alberta, notamment au gouvernement de Danielle Smith.Or, avec le nouveau gouvernement Carney, cette politique semble sur le point d’être abandonnée. « Si [le gouvernement] est capable de baisser les émissions sans plafond, c’est super, » dit McKenna, avec un ton qui laisse deviner son scepticisme. Mais elle ajoute immédiatement : « Le défi, c’est que ce n’est pas clair du tout que ça va être possible. » Il y a là une énorme prise de risque climatique, me semble-t-il.

Plafond contre tarification : une nuance essentielle

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Pour bien comprendre le débat actuel, il faut saisir la différence entre ces deux outils que sont le plafond et la tarification.

  • Le Plafond : C’est une limite dure. Il fixe la quantité maximale d’émissions permises pour un secteur donné (par exemple, l’industrie pétrolière et gazière). Quand on atteint ce plafond, on ne peut plus émettre. C’est simple et contraignant.
  • La Tarification : C’est une question de prix. Elle donne un coût aux émissions, ce qui encourage financièrement les entreprises à réduire leurs GES. L’incitatif est là, mais aucune limite totale n’est fixée.

En clair, l’un dit « vous ne pouvez pas aller au-delà », l’autre dit « si vous allez au-delà, ça va vous coûter cher ». Ce n’est pas tout à fait la même chose, et c’est pourquoi l’abandon du plafond inquiète tant les environnementalistes.

La promesse de mark carney : renforcer la tarification industrielle

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Alors, que propose Mark Carney en échange de la fin potentielle du plafond ? Dans son budget présenté mardi, le gouvernement a fait miroiter une compensation : un renforcement de la tarification carbone industrielle au pays. C’est le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, aux côtés du premier ministre, qui a présenté ces mesures.Le gouvernement mise donc sur l’incitatif financier pour faire le travail. Est-ce que cela suffira à remplacer la sécurité d’une limite physique ? Difficile à dire. On peut toujours espérer que les coûts dissuaderont les pollueurs, mais sans limite supérieure, l’atteinte de la cible de 2030 repose sur un pari très risqué, vous ne trouvez pas ?

La réponse du gouvernement : le plafond ne sera plus « nécessaire »

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Du côté de l’équipe de M. Carney, on essaie de rassurer. La ministre fédérale de l’Environnement, Julie Dabrusin, insiste sur le fait qu’il y a des étapes à suivre avant de déclarer l’élimination totale du plafond. Elle soutient que si nous parvenons à avancer sur plusieurs fronts, le plafond pourrait devenir superflu.Ces fronts incluent : renforcer le prix sur le carbone industriel, améliorer la réglementation sur le méthane (un gaz très puissant) et développer des technologies comme la séquestration du carbone. En somme, si tout fonctionne parfaitement, « il y a un chemin pour que le plafond dans le secteur du pétrole et du gaz ne soit plus nécessaire », a-t-elle déclaré. C’est optimiste, je suppose, mais on est en droit de se demander si on peut se permettre d’être aussi optimiste quand l’horloge tourne si vite vers 2030.

Un objectif de réduction jugé « hors d’atteinte »

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Malgré les affirmations de Mark Carney selon lesquelles le Canada n’abandonne pas ses cibles, le doute persiste. Rappelons-nous que l’Institut climatique, une organisation sérieuse, avait publié un rapport en septembre, affirmant que la cible de 40 % de réduction dans cinq ans était déjà « hors d’atteinte ».C’est une phrase lourde de sens, qui remet en question la crédibilité de tous les plans. Le gouvernement doit non seulement nous convaincre qu’il a les outils pour accélérer drastiquement les réductions, mais il doit aussi nous montrer la feuille de route détaillée. McKenna, qui est une figure historique du combat climatique libéral, a le mérite de forcer cette conversation difficile. Quand ceux qui étaient vos alliés commencent à se plaindre, il faut peut-être écouter.

Le retour d’un débat familier

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Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Catherine McKenna critique la mollesse des politiques climatiques de son propre camp. L’an dernier, elle avait déjà déploré que le gouvernement Trudeau n’ait pas su « bien vendre » la tarification carbone pour les consommateurs, cette mesure qu’elle avait elle-même mise en œuvre.Et que s’est-il passé depuis ? Mark Carney, dès son arrivée comme premier ministre, a purement et simplement éliminé cette tarification pour les consommateurs. Ce geste, combiné au flou actuel sur le plafond pétrolier, donne raison aux critiques qui affirment que le Canada perd du terrain. McKenna est en droit de se demander si les ambitions affichées suffiront à rattraper le temps perdu. Le gouvernement Carney devra très vite apporter des preuves, et pas seulement des promesses, pour rassurer les Canadiens.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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