Du soleil sur commande la nuit? Le projet fou (et très critiqué) de satellites miroirs
Simon Kabbaj - 2025-11-08 20:15
credit : lemorning.ca (image IA)
La lumière du jour, même quand il fait nuit

L’idée, pour le moins audacieuse, serait de pouvoir fournir un éclairage fiable, ajustable, et ce, 24 heures sur 24. Imaginez : une simple pression sur un bouton pour que le soleil se lève, juste pour vous. C’est novateur, bien sûr, mais cette ambition démesurée soulève déjà une vague d’inquiétudes majeures chez les scientifiques et les écologistes du monde entier.
Le concept : des miroirs géants pour éclairer des événements spéciaux ou des fermes solaires

Selon la compagnie, le faisceau lumineux qu’ils projettent couvrira au sol une zone d’environ cinq kilomètres de diamètre. L’objectif technique est d’apporter une puissance d’au moins 200 watts, ce qui, d’après eux, serait beaucoup plus brillant que la pleine lune, mais évidemment, beaucoup moins intense que le vrai soleil de midi.
Ils ont déposé une demande auprès de l’autorité américaine (la FCC) pour lancer un satellite de démonstration, baptisé Earendil-1, d’ici le printemps 2026. On attend leur décision, mais c’est clair qu’ils ne reculeront devant rien pour mettre leur plan à exécution.
L’ambition folle : une mégaconstellation de 250 000 satellites

Les miroirs eux-mêmes sont loin d’être petits, on parle de dimensions allant de 18 mètres sur 18 mètres, jusqu’à 54 mètres sur 54 mètres. Imaginez la taille, c’est presque celle d’un immeuble bas. Placer autant d’objets, si gros, à 625 km d’altitude, ça donne le vertige, et ça pose un sérieux problème de logistique, mais aussi de place.
Le cauchemar absolu des astronomes

Comme l’explique son président, Erik Rosolowsky, ces miroirs pourraient devenir les objets les plus brillants du ciel nocturne. C’est comme essayer de regarder une bougie lointaine pendant que quelqu’un vous braque une lampe torche dans les yeux. Cela obstruerait l’observation des objets célestes moins lumineux et, pire, cela pourrait carrément saturer les caméras des télescopes, laissant des traces lumineuses inutilisables sur les images scientifiques. C’est une pollution lumineuse sans précédent, sans compter les interférences radio et optiques. Leur travail deviendrait presque impossible. Quelle tristesse!
Un risque de débris spatiaux qui menace tout le monde

Le risque de collision est exponentiel. Et qui dit collision, dit débris spatiaux. Ces petits morceaux de métal voyagent à des vitesses folles et menaceraient tous les autres satellites, y compris ceux utilisés pour la recherche scientifique ou la météo. C’est une utilisation imprudente et, franchement, irresponsable d’une ressource qui est déjà limitée.
Perturbation du rythme de vie : de l’humain aux oiseaux migrateurs

Pensez aux oiseaux migrateurs, aux chauves-souris, aux insectes qui dépendent de l’obscurité pour se guider, chasser ou se reproduire. Si on éclaire leurs chemins, ils seront désorientés, et c’est tout l’écosystème qui pourrait en souffrir. Et nous, les humains? Notre rythme circadien, cette fameuse horloge biologique qui gère notre sommeil, serait modifié. Les études sont claires : une désynchronisation chronique peut augmenter le risque de développer des maladies graves, comme le diabète, l’hypertension, la dépression et même le cancer. C’est un risque qu’on ne devrait pas prendre pour un éclairage commercial, je suppose.
Le doute des experts : est-ce vraiment rentable?

L’expert italien Federico Rosei, lui, qualifie carrément le projet d’« irréaliste », et même de « rêveur ». Il souligne non seulement l’efficacité limitée, mais aussi les coûts de lancement qui sont astronomiques, sans parler du risque que tous ces miroirs soient endommagés par les débris spatiaux. Il faudrait aussi penser à l’impact environnemental de tous ces lancements utilisant, devinez quoi, beaucoup de combustibles fossiles.
Des lois trop floues face à l’espace convoité

L’Agence spatiale canadienne (ASC) a confirmé qu’elle n’exerce pas de rôle réglementaire direct. Puisque Reflect Orbital est une entreprise américaine, elle n’est même pas soumise aux lois canadiennes. Et ce, même si leurs satellites devront se positionner sur une orbite polaire, ce qui veut dire qu’ils passeront juste au-dessus du Canada! C’est un peu frustrant de voir que l’orbite terrestre, cette ressource précieuse et limitée, est de plus en plus convoitée sans qu’il y ait de règles claires pour assurer l’équité et la sécurité de tous. Il est grand temps d’agir.
Conclusion : Un projet futuriste à encadrer de toute urgence

Ce dossier met en lumière un vide juridique alarmant. Tant que des normes internationales claires ne seront pas mises en place pour encadrer l’utilisation commerciale de l’orbite terrestre, nous serons exposés à ce genre d’initiatives potentiellement dangereuses. Il faut espérer que la Commission fédérale des communications prenne toutes ces considérations en compte avant d’autoriser le lancement du premier satellite miroir. L’espace nous appartient à tous, après tout.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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