Le marché noir du homard : quand la ressource canadienne nourrit le crime organisé
Simon Kabbaj - 2025-11-06 08:39
credit : lemorning.ca (image IA)
L’attrait fatal du homard illicite

Le problème est bien plus grave qu’on ne l’imagine, car ces individus, indifférents au sort de la ressource marine, s’emparent carrément d’une part effrayante des stocks : près du tiers, selon les estimations. C’est un plongeon non seulement dans l’illégalité, mais aussi dans un marché noir qui met en péril l’avenir d’une ressource essentielle pour nos communautés. On a décidé de jeter un œil dans les bas-fonds de ce commerce illicite.
L’affiche alléchante de l’illégalité en plein jour

La pêche commerciale était tout bonnement interdite en juin dans cette zone du Nouveau-Brunswick. Une activité clandestine affichée sans complexes ? Pour infiltrer ce milieu, on a inventé un personnage, Tommy, acheteur commercial basé à Montréal, et on l’a envoyé parler avec les acteurs clés de l’industrie clandestine dans l’Est. Mark Gosselin, lui, semble être un joueur modeste, un petit poisson sans passé criminel connu, mais il n’est qu’un symptôme.
Des millions en fumée et le crime organisé aux aguets

Où va cet argent qui échappe au fisc? Il va parfois tout droit dans les poches du crime organisé. Gilles Thériault, qui travaille dans le secteur depuis un demi-siècle, le dit clairement : « C’est des gros sous, ça implique toutes sortes d’activités illégales. Ça ouvre la porte à des problèmes tels que le blanchiment d’argent. » C’est vraiment devenu un casse-tête pour les autorités, si j’ai bien compris.
Le quotidien dangereux des agents des pêches

Il confirme que certains acteurs impliqués sont carrément dangereux. Nos informations, dit-il, montrent qu’ils portent des armes à feu et qu’ils ont l’intention de nuire gravement. Les menaces ne s’arrêtent plus aux agents ; elles touchent désormais leurs familles. C’est la triste réalité d’un métier qui devient de plus en plus périlleux, avec des actes de violence qui se multiplient partout dans les Maritimes : fusillades, bateaux incendiés, vandalisme. John insiste : « Le marché illégal est opéré par du crime organisé à grande échelle. »
L’impact sur la durabilité et l’incertitude scientifique

Ajoutez à cette incertitude le facteur des changements climatiques. Le réchauffement des océans force déjà le homard à migrer vers le nord, comme on le voit dramatiquement au Maine. Si on ajoute un facteur inconnu de 30 % de pêche illicite, on augmente de façon exponentielle le niveau de risque pour la ressource. Nos communautés côtières, qui dépendent du homard après la raréfaction d’autres espèces (morue, hareng, crevettes), jouent gros.
Le jeu de la carte autochtone comme paravent

Mark Gosselin utilise un partenaire autochtone de la communauté d’Elsipogtog comme paravent. Pourquoi ? Parce que, comme il l’a dit à Tommy en caméra cachée : « T’as rien que besoin d’un Indien avec une carte […] il faut que t’aies cette personne-là avec toi pour prendre la responsabilité de tout ce qu’il y a dans ton camion. »
Ce homard, normalement destiné à la pêche alimentaire, sociale et rituelle (FASR) de la communauté — et dont la vente est strictement interdite —, se retrouve illégalement décortiqué et cuit. Une fois cuit et décortiqué, la preuve de provenance disparaît. C’est brillant et choquant. Contacté par Radio-Canada, Gosselin a nié en bloc ses propos à Tommy, avant de raccrocher.
Le véritable crime : l’exploitation du moteur communautaire

Ce que ce marché noir vole, c’est l’avenir des familles honnêtes. Le pêcheur Marc Thériault, capitaine du Byron’s Bay, s’inquiète de l’abus de la ressource, voyant que les autres espèces (morue, maquereau) ont déjà été exploitées à outrance. Les règlements existent pour une raison : « c’est pour qu’il en reste une, pêche », rappelle-t-il, un peu las. Si même un petit joueur comme Gosselin peut transformer 400 livres par jour, imaginez l’ampleur du problème à l’échelle du crime organisé.
Conclusion : l’infiltration continue

L’histoire de Mark Gosselin, qui utilise Facebook pour vendre son butin, prouve une chose que John, l’agent des pêches, a résumée avec un sarcasme douloureux : « seuls les criminels stupides se font prendre. Publier sur Facebook n’est pas la meilleure stratégie. »
Si Gosselin est l’exemple d’un contrevenant insouciant, d’autres acteurs sont bien plus méfiants et organisés, ce qui complique sérieusement le travail des autorités. Ce pillage continu des ressources, alimenté par d’énormes sommes d’argent, menace non seulement l’équilibre écologique mais aussi le tissu social des communautés côtières. Notre complice, Tommy, ne s’arrête pas là. Demain, la suite de notre enquête révélera des acteurs encore plus gros et plus dangereux. À suivre.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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