Le marché noir du homard : quand la ressource canadienne nourrit le crime organisé

Le marché noir du homard : quand la ressource canadienne nourrit le crime organisé credit : lemorning.ca (image IA)

L’attrait fatal du homard illicite

credit : lemorning.ca (image IA)
Le homard canadien, on le sait, est une véritable mine d’or. Sa pêche, la plus lucrative de tout le pays, génère des retombées annuelles qui frôlent les 2 milliards de dollars. C’est colossal. Mais, comme souvent avec l’argent facile, cette manne attire les convoitises, et pas seulement celles des pêcheurs honnêtes. Des contrebandiers, allant du simple petit opportuniste aux réseaux bien huilés du crime organisé, se sont engouffrés dans la brèche.

Le problème est bien plus grave qu’on ne l’imagine, car ces individus, indifférents au sort de la ressource marine, s’emparent carrément d’une part effrayante des stocks : près du tiers, selon les estimations. C’est un plongeon non seulement dans l’illégalité, mais aussi dans un marché noir qui met en péril l’avenir d’une ressource essentielle pour nos communautés. On a décidé de jeter un œil dans les bas-fonds de ce commerce illicite.

L’affiche alléchante de l’illégalité en plein jour

credit : lemorning.ca (image IA)
L’enquête a commencé de la manière la plus banale qui soit : une annonce sur Facebook. « Homards disponibles jusqu’à épuisement des stocks », peut-on lire, avec des photos qui donnent l’eau à la bouche – de la chair en pots, prête à être dégustée. La publication, datée du 16 juin 2025 à Rexton, au Nouveau-Brunswick, est signée Mark Gosselin. Cinquante dollars le pot, ce qui semble correct, mais il y a un hic de taille, n’est-ce pas ?

La pêche commerciale était tout bonnement interdite en juin dans cette zone du Nouveau-Brunswick. Une activité clandestine affichée sans complexes ? Pour infiltrer ce milieu, on a inventé un personnage, Tommy, acheteur commercial basé à Montréal, et on l’a envoyé parler avec les acteurs clés de l’industrie clandestine dans l’Est. Mark Gosselin, lui, semble être un joueur modeste, un petit poisson sans passé criminel connu, mais il n’est qu’un symptôme.

Des millions en fumée et le crime organisé aux aguets

credit : lemorning.ca (image IA)
Quand on parle de petit joueur, il faut se souvenir que l’échelle totale est vertigineuse. Selon des avis scientifiques provenant des biologistes du MPO (ministère des Pêches et des Océans), on estime que les prises non déclarées de homard représentent quelque part entre 10 % et 30 % des débarquements. Ce n’est pas négligeable, loin de là. En termes d’argent, ce commerce parallèle pourrait atteindre la somme astronomique de 681 millions de dollars chaque année.

Où va cet argent qui échappe au fisc? Il va parfois tout droit dans les poches du crime organisé. Gilles Thériault, qui travaille dans le secteur depuis un demi-siècle, le dit clairement : « C’est des gros sous, ça implique toutes sortes d’activités illégales. Ça ouvre la porte à des problèmes tels que le blanchiment d’argent. » C’est vraiment devenu un casse-tête pour les autorités, si j’ai bien compris.

Le quotidien dangereux des agents des pêches

credit : lemorning.ca (image IA)
Notre mission d’infiltration avec Tommy n’était pas sans risque, il faut bien le dire. Pour le préparer, on a discuté avec un agent du MPO ayant plus de 20 ans d’expérience, que nous appellerons John pour sa sécurité. Et ce qu’il raconte fait froid dans le dos.

Il confirme que certains acteurs impliqués sont carrément dangereux. Nos informations, dit-il, montrent qu’ils portent des armes à feu et qu’ils ont l’intention de nuire gravement. Les menaces ne s’arrêtent plus aux agents ; elles touchent désormais leurs familles. C’est la triste réalité d’un métier qui devient de plus en plus périlleux, avec des actes de violence qui se multiplient partout dans les Maritimes : fusillades, bateaux incendiés, vandalisme. John insiste : « Le marché illégal est opéré par du crime organisé à grande échelle. »

L’impact sur la durabilité et l’incertitude scientifique

credit : lemorning.ca (image IA)
Au-delà de l’argent et de la violence, le véritable drame est environnemental. Le pillage non documenté des stocks menace la pérennité même du homard. Comment voulez-vous que les scientifiques du MPO évaluent l’état des stocks s’ils n’ont pas toutes les données ? C’est impossible. Trevor Swerdfager, biologiste et ancien haut responsable du MPO, résume bien la situation : « Si votre base d’informations est erronée, votre évaluation des risques sera probablement erronée. »

Ajoutez à cette incertitude le facteur des changements climatiques. Le réchauffement des océans force déjà le homard à migrer vers le nord, comme on le voit dramatiquement au Maine. Si on ajoute un facteur inconnu de 30 % de pêche illicite, on augmente de façon exponentielle le niveau de risque pour la ressource. Nos communautés côtières, qui dépendent du homard après la raréfaction d’autres espèces (morue, hareng, crevettes), jouent gros.

Le jeu de la carte autochtone comme paravent

credit : lemorning.ca (image IA)
Tommy a réussi à rencontrer Mark Gosselin au Nouveau-Brunswick. La scène se déroule au sous-sol, transformé en cuisine industrielle. Mark admet transformer 400 livres de homard par jour, en dehors de la saison commerciale. Il connaît les risques, mais il a une combine, un « truc » pour berner les agents. Et c’est là que l’histoire devient compliquée, voire scandaleuse.

Mark Gosselin utilise un partenaire autochtone de la communauté d’Elsipogtog comme paravent. Pourquoi ? Parce que, comme il l’a dit à Tommy en caméra cachée : « T’as rien que besoin d’un Indien avec une carte […] il faut que t’aies cette personne-là avec toi pour prendre la responsabilité de tout ce qu’il y a dans ton camion. »

Ce homard, normalement destiné à la pêche alimentaire, sociale et rituelle (FASR) de la communauté — et dont la vente est strictement interdite —, se retrouve illégalement décortiqué et cuit. Une fois cuit et décortiqué, la preuve de provenance disparaît. C’est brillant et choquant. Contacté par Radio-Canada, Gosselin a nié en bloc ses propos à Tommy, avant de raccrocher.

Le véritable crime : l’exploitation du moteur communautaire

credit : lemorning.ca (image IA)
Finalement, ce n’est pas tant le manque à gagner fiscal qui est le plus triste, c’est ce que l’agent John appelle « l’exploitation non documentée de la ressource. C’est ça, le véritable crime. » Pour les gens des Maritimes, la pêche au homard n’est pas qu’une simple activité économique. C’est vital. « C’est grâce à cet argent que nous construisons des maisons, nous finançons nos écoles. C’est le moteur de nos communautés, c’est ce que nous sommes », plaide-t-il.

Ce que ce marché noir vole, c’est l’avenir des familles honnêtes. Le pêcheur Marc Thériault, capitaine du Byron’s Bay, s’inquiète de l’abus de la ressource, voyant que les autres espèces (morue, maquereau) ont déjà été exploitées à outrance. Les règlements existent pour une raison : « c’est pour qu’il en reste une, pêche », rappelle-t-il, un peu las. Si même un petit joueur comme Gosselin peut transformer 400 livres par jour, imaginez l’ampleur du problème à l’échelle du crime organisé.

Conclusion : l’infiltration continue

credit : lemorning.ca (image IA)

L’histoire de Mark Gosselin, qui utilise Facebook pour vendre son butin, prouve une chose que John, l’agent des pêches, a résumée avec un sarcasme douloureux : « seuls les criminels stupides se font prendre. Publier sur Facebook n’est pas la meilleure stratégie. »

Si Gosselin est l’exemple d’un contrevenant insouciant, d’autres acteurs sont bien plus méfiants et organisés, ce qui complique sérieusement le travail des autorités. Ce pillage continu des ressources, alimenté par d’énormes sommes d’argent, menace non seulement l’équilibre écologique mais aussi le tissu social des communautés côtières. Notre complice, Tommy, ne s’arrête pas là. Demain, la suite de notre enquête révélera des acteurs encore plus gros et plus dangereux. À suivre.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.