credit : lemorning.ca (image IA)La décision rendue par la Cour suprême des États-Unis dans l’affaire Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization a, comme on pouvait s’y attendre, provoqué un énorme chambardement dans l’accès aux soins de santé reproductive, surtout dans le Midwest et le Sud. Pour ceux d’entre nous qui suivent ces questions, le changement fut immédiat, n’est-ce pas ?Une toute nouvelle étude vient d’ailleurs de quantifier cette réalité, et les chiffres sont assez frappants. Deux des plus grandes cliniques d’avortement de l’Illinois – celles qui gèrent grosso modo la moitié des interventions de tout l’État – ont enregistré une augmentation globale de 35% du nombre d’avortements réalisés dans l’année qui a suivi la révocation de l’arrêt Roe v. Wade.
Ce bond spectaculaire, c’est presque entièrement dû à l’arrivée massive de patientes qui résident dans des États où l’avortement est désormais illégal ou sévèrement restreint. L’Illinois est devenu un îlot de légalité, un refuge.
Le raz-de-marée des patientes de l’extérieur
credit : lemorning.ca (image IA)Qu’est-ce qui explique cette hausse de 35% ? C’est simple, si l’on peut dire : une explosion du nombre de personnes venant de l’extérieur. Les chercheurs ont constaté une augmentation ahurissante de 191% de patientes non résidentes de l’Illinois. C’est presque le triple !Entre juillet 2021 et juin 2022, les cliniques étudiées comptaient 24 071 avortements. L’année post-Dobbs, ce total est monté à 32 579. C’est une pression énorme sur les infrastructures de santé.
Mais, et c’est un point très positif qu’il faut souligner, les scientifiques de l’Université d’État de l’Ohio (dont Mikaela Smith est l’auteure principale) ont découvert que cet afflux n’a pas diminué l’accès aux services pour les résidents de l’Illinois eux-mêmes. C’était une grande inquiétude, je suppose, mais les prestataires semblent avoir tenu bon.
L’adaptation rapide et créative des cliniques
credit : lemorning.ca (image IA)Comment un système de santé absorbe-t-il une augmentation pareille sans craquer ? La réponse se trouve dans l’ingéniosité des prestataires.L’Illinois est rapidement devenu l’option la plus viable pour beaucoup de gens dans le Midwest et le Sud. Pour gérer le flux, les cliniques ont dû être à la fois créatives et rapides, comme l’a noté Mikaela Smith. Elles ont fait des ajustements majeurs.
Elles ont par exemple élargi les limites de gestation qu’elles acceptaient pour les interventions. Et, fait intéressant, elles ont mis en place des sites mobiles. Oui, des cliniques qui se déplacent pour tenter de rapprocher les soins de celles et ceux qui en ont le plus besoin. Ça demande un effort logistique vraiment considérable, vous ne trouvez pas ?
Une augmentation notable des procédures tardives
credit : lemorning.ca (image IA)L’analyse des données, publiée dans l’American Journal of Public Health, nous révèle d’autres tendances importantes, au-delà de la simple augmentation du volume.On a d’abord vu une hausse de 22% des avortements médicamenteux, ce qui est logique puisque c’est souvent plus facile à gérer, surtout si l’on doit voyager. Mais plus alarmant, peut-être, il y a eu une hausse de 53% des avortements procéduraux, ceux qui nécessitent une intervention chirurgicale.
Surtout, la recherche met en lumière une augmentation de 75% des avortements pratiqués à 12 semaines de grossesse ou plus. Ce chiffre est lourd de sens. Pourquoi les patientes attendent-elles plus longtemps ? Parce qu’elles doivent parcourir de longues distances, trouver des fonds, et s’organiser logistiquement. Le délai d’accès aux soins est devenu un problème majeur à cause des restrictions géographiques.
Le cas de l’Ohio : un miroir inversé
credit : lemorning.ca (image IA)L’Illinois n’est qu’une pièce du puzzle. L’Ohio Policy Evaluation Network (OPEN), le groupe de recherche qui mène cette surveillance, a également publié des travaux sur l’Ohio voisin, et le contraste est saisissant.L’an dernier, lorsque l’Ohio avait brièvement interdit les avortements après la détection de l’activité cardiaque embryonnaire (soit environ six semaines, ce qui est très tôt dans une grossesse !), les avortements dans cet État avaient immédiatement chuté de 56% sur une période de trois mois. C’est une baisse vertigineuse.
Dès que cette interdiction a été levée, le nombre de patientes cherchant des services a recommencé à grimper, tout comme la proportion de patientes venant d’autres États. Ces mouvements montrent bien que les interdictions ne font pas disparaître le besoin, elles le déplacent vers les États voisins.
L’impact sur les professionnels de santé
credit : lemorning.ca (image IA)On se concentre souvent sur les patientes, et c’est normal. Mais il ne faut pas oublier l’impact sur les professionnels qui fournissent ces soins, eux aussi contraints de s’adapter.Un autre rapport indique que, dans les États où l’avortement a été interdit, 42% des prestataires interrogés ont dû déménager. C’est une statistique qui nous force à réfléchir. Imaginez devoir quitter sa ville, sa vie, juste pour pouvoir continuer à pratiquer la médecine que l’on a choisie. Cela perturbe des vies entières et fragilise l’infrastructure médicale dans ces régions.
Conclusion : les inégalités géographiques se creusent
credit : lemorning.ca (image IA)Que nous dit cette étude publiée dans l’American Journal of Public Health ? D’abord, que la capacité d’adaptation des cliniques de l’Illinois est remarquable. Elles ont fait face à une urgence, et l’accès pour leurs résidents n’a pas été compromis. C’est une victoire logistique, si l’on veut.Mais, en fin de compte, la conclusion la plus importante, c’est que la décision Dobbs a créé une inégalité géographique criante. Le droit à l’avortement dépend maintenant entièrement du code postal. Ceux qui n’ont pas les moyens de voyager, de prendre des jours de congé, ou d’organiser la garde de leurs enfants, sont ceux qui souffrent le plus des interdictions.
Le besoin est toujours là, mais il a été relégué à un coût financier et logistique beaucoup plus élevé. Et malheureusement, cette dynamique des États refuges et des États bannis ne semble pas près de s’arrêter.